Un des deux fondateurs de la structure Adictus, présente sur le jeu vidéo Fortnite, Spetz est un jeune homme ambitieux bien décidé à s’installer dans la durée dans le monde de l’eSport. Partez à la découverte d’un projet qui risque de faire parler de lui dans les prochains mois et les prochaines années.

Tout d’abord, peux-tu te présenter pour nos lecteurs ?

Moi c’est Spetz, j’ai 22 ans. Avant de me lancer dans l’eSport, j’étais commercial en import/export. J’ai toujours été passionné par le jeu vidéo et les compétitions. J’ai commencé avec Uncharted 2 et 3 sur PS3 où j’ai découvert les entraînements, l’adrénaline des tournois.

Pourquoi ne pas donner ton vrai nom ?

Je ne le donne pas pour la simple et bonne raison que pour le moment, j’estime que les gens n’ont pas besoin de le connaître. Étant craintif de ce point de vue, je protège ma vie privée. Je suis conscient qu’avec l’évolution de cette structure, je vais être amené à le divulguer.

Quand as-tu décidé de fonder Adictus 

Avec mon associé Sejnight, nous avons débuté ce projet en août dernier.

 Quelle est la signification d’Adictus ? Un rapport avec l’addiction peut-être ?

En quelque sorte ! Avec un collègue à moi, nous étions sur le jeu Destiny 2. Nous voulions créer un clan et trouver un nom qui termine par « us ». On aime bien les mots en « us » (sourire). Adictus a eu notre préférence et aujourd’hui, il me convient parfaitement. Tout comme à l’équipe.

 Combien de personnes font partie intégrante du projet ?

Dans la structure nous sommes une douzaine. Il y a dans un premier temps 2 line-up (équipes) composées de 4 joueurs chacune.  Dans la première, les 4 meilleurs joueurs et dans la seconde et logiquement, les 4 autres. Nous avons également un staff composé de modérateurs, une community manager et des animateurs.

Quel a été votre message pour les convaincre ?

Au départ, nous étions conscients qu’il serait difficile de convaincre des joueurs. Nous étions nouveaux et de nombreuses structures étaient déjà en place. Nous n’avions pas de nom, pas de palmarès. Nous avons donc décidé de miser sur une gaming room pour gagner en crédibilité et attirer du monde. Nous voulions être pris au sérieux.

Peux-tu expliquer le concept de la gaming room ? À quoi cela sert-il ?

Une gaming room est un endroit où l’équipe va pouvoir se retrouver, faire un bootcamp*. Cela permet donc aux joueurs de s’entraîner, de partager des moments ensemble. Il y a des ordinateurs, des caméras pour streamer, des frigos, des bureaux, de quoi se faire à manger. Tout le nécessaire pour passer un bon moment et travailler dans de bonnes conditions. Pour vous donner une idée des avantages d’une gaming room, l’équipe a beaucoup plus progressé en un week-end dans la gaming room qu’en 3 semaines de jeu. On sent que le cadre leur permet de s’épanouir et de se professionnaliser.

Bootcamp* : Période d’entraînement d’une équipe (week-end / semaine) avant une compétition.

À l’heure où l’on se parle, ta structure est présente exclusivement sur le jeu vidéo Fortnite. Pourquoi ?

On a lancé le projet en ne pensant qu’à Fortnite. Si nous ne nous lançons pas dans d’autres jeux actuellement, c’est parce qu’on estime qu’on ne peut pas se permettre de créer plusieurs rosters sur différents jeux. Fortnite nous demande énormément de temps et malgré notre nombre nous rencontrons encore des difficultés. Nous souhaitons dans un premier temps stabiliser Fortnite, le staff avant de se diversifier.

 Quelle est ton but avec Adictus ?

Mon objectif est de faire d’Adictus, LA référence.

Et pour toi quelle est la référence en France actuellement ? L’équipe à « abattre » ?

En France, je pense que c’est Vitality. Ils sont présents en Europe et dans le monde. Leur structure est solide et leurs joueurs sont talentueux.

Pour en revenir à ton projet, as-tu rencontré des difficultés pour le lancer ?

Oh oui ! Mais tu sais, les difficultés, on en rencontre tous les jours ! Après pour en revenir au lancement, il faut avouer que c’était un très gros risque. Nous avons été un peu fous avec mon associé au départ. Nous avons réuni un capital important en injectant une somme à 5 chiffres. J’ai arrêté mon travail pour me consacrer à 100% dans l’eSport. Nous étions conscients qu’au départ nous allions perdre de l’argent. Entre le loyer, les frais des LAN, les charges. Toutefois, nous nous sommes fixés comme objectif d’inverser la balance et de ne plus perdre de sous fin décembre. Un pari gagnant.  Une réussite que nous devons également à nos sponsors dont notre principal SweetyDrink. Ce dernier nous permet de participer aux LAN gratuitement et donc gagner en visibilité. Un vrai plus !

As-tu eu des retours sur ton projet ? Que ce soit de la part de tes proches, de ta communauté.

Concernant mon cercle privé, le départ n’a pas été facile. Un combo jeu vidéo + argent injecté dans le projet + l’arrêt de mon travail. Vous pouvez facilement imaginer la réaction de mes proches. Ils voyaient cela comme une mission suicide. Je me suis alors dis que pour une fois, j’allais foncer tête baissée, m’écouter et croire en mes idées.

La communauté, quant à elle, a été également difficile à convaincre. Au départ, les personnes pensaient que nous étions des « fakes ». La gaming room, l’absence de renommée et de palmarès a laissé perplexe les viewers. Nous avons donc décidé de poster une vidéo de notre repère et l’avis des gens a commencé à évoluer. De nombreuses candidatures nous ont été envoyées et nos équipes ont pu être formées. Encore aujourd’hui, nous recevons énormément de demandes pour faire partie d’Adictus.

Comment se fait-on connaître dans l’eSport ?

Pour Fortnite, les gens auront tendance à dire qu’il suffit de réaliser une bonne performance en LAN pour se faire connaître. C’est en partie vrai. Mais, ce n’est pas la seule solution. Le streaming est une porte d’entrée pour l’eSport et c’est pourquoi nous avons également misé dessus. Fornite favorise, pour le moment, les influenceurs plutôt que les joueurs eSport. Le groupe Epic Games offre donc à ces influenceurs la possibilité d’accéder à des compétitions comme le Fortnite Summer Skirmish* ou d’autres compétitions locales. Pour vous donner une idée, de très bons joueurs n’ont pas accès à ces tournois par manque de visibilité. Cependant, Fornite a pris conscience du problème et lance désormais des tournois accessibles à tous. Le but étant d’offrir autant de chances aux joueurs qu’aux influenceurs.

Dernier point et pas des moindres, le piston a une place importante dans l’eSport. Certes un très bon niveau ouvre des portes mais connaître des personnes influentes dans le domaine est un vrai plus. Il faut également un brin de chance et je pense que c’est notre cas.

*Fortnite Summer Skirmish : série de tournois se déroulant sur huit semaine. 8 millions de dollars de cashprize à la clé.

 C’est quoi une LAN ?

Local Area Network. C’est un tournoi en local avec une somme d’argent à la clé. Il en existe à Nîmes, Marseille, Montpellier. Pour donner l’exemple de la Lyon eSport et de Fortnite, cette compétition regroupe 48 équipes de 4 joueurs (pour les tournois en équipe). La première team remporte 6000 euros, la seconde 3000€ et la troisième 1000€. Deux jours de compétitions où les 24 meilleures se retrouveront en finale le dimanche et les 24 autres en petite finale.  Ces tournois sont une vitrine pour les structures mais également un lieu de recrutement. À l’image des scoots au football. Des recruteurs prennent place et tentent de dénicher la perle rare tous comme les sponsors.

Tu m’as expliqué que vous étiez en possession du précieux sésame pour la Lyon eSport. Une compétition qui se déroulera du 22 au 24 février prochain. Raconte-nous ce moment.

Le vendredi 14 décembre à 20h, la billetterie ouvrait ses portes. Avec deux membres d’Adictus, nous avions chacun pris un ordinateur pour augmenter nos chances. Conscient de la notoriété de ce tournoi, la probabilité d’obtenir une place était faible. Pour la petite anecdote, les billets pour la Colmar eSport, un LAN moins réputée, sont partis en 35 secondes. À 19h50, j’étais en place devant mon écran mais la liste d’attente affichait 500 personnes. À 19h55 nous étions 2000, à 58, 3000 et à 59, plus de 4000! Heureusement pour moi, mon associé faisait partie des 48 premiers et a pu obtenir le précieux ticket. Nous serons donc présents à Lyon aux côtés des plus grosses structures françaises. Ça va être un grand moment !

En s’intéressant à l’eSport et au streaming, on se rend rapidement compte que c’est un budget. Sans argent, est-il impossible de monter une structure viable ?

Rien n’est impossible et c’est ce qu’il me plaît dans l’eSport. Il faut toutefois se mettre à la place d’un joueur et d’un gérant. Un joueur avec 3 coéquipiers sans structure peut réussir. Il leur suffit de participer à des LAN dans le but de se faire connaître et être repérés par des structures en place. Du point de vue d’un gérant, je pense qu’il est nécessaire d’avoir 18 ans. Pour donner de la crédibilité à sa structure, il faut qu’elle soit reconnue comme association ou entreprise par l’État. Petit plus pour ceux qui désirent se lancer dedans, les sponsors ne s’associeront pas à une équipe qui n’est pas une entité déclarée. Donc pour résumer, sans argent ce n’est pas impossible mais c’est un pari risqué.

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