Peux-tu te présenter pour nos lectrices et nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

Je m’appelle Bastien Montès, je suis champion du Monde de ski de vitesse en 2017/2018 avec un record à 251,397 km/h (meilleure performance mondiale de ces 3 dernières années). Originaire des Pyrénées, j’ai été élevé entre montagne et océan, et trouve mon équilibre au travers de voyages autour de ces 2 éléments.

Pour commencer, peux-tu expliquer en quoi consiste le ski de vitesse ?

Une montagne, on s’élance de son sommet pour arriver à atteindre la plus haute vitesse maximale possible dans les 100 derniers mètres de la piste, là où sont placées les cellules de chronométrage. Entre le départ et l’aire d’arrivée, c’est de la survie, presque du vol, les skis ont tendance à décoller. Nos corps à se déchirer sous la puissance de l’air qui cherche à nous ouvrir en deux. On essaye de rester debout, de maintenir la position la plus parfaite possible et de garder ses skis dans l’axe de la piste pour préserver des précieux km/h.

Dans une interview accordée à Redbull en février dernier, tu annonces que l’accélération est supérieure à celle d’une Formule 1. Peux-tu nous en dire plus ?

Les références d’une piste comme Chabrière à Vars (France), celle de l’actuel record du Monde sont juste impressionnantes : un couloir taillé dans la montagne d’1km environ, 98% de pente au départ. En moins de 6 secondes, le skieur va atteindre les 200km/h, soit un accélération supérieur à la formule 1. Tu rentres dès la 1ère seconde dans le vif du sujet !

Depuis quand et pourquoi pratiques-tu cette discipline ?

J’ai assisté pour la première fois à une épreuve de ski de vitesse à la télévision, lors des Jeux Olympiques de 1992 à Albertville. Mon père, Jean Lou, était entraineur de l’Equipe de France Olympique à l’époque. J’ai de suite été fasciné par ces extraterrestres cherchant sans cesse à repousser leurs limites. Par l’exploit technique, par l’exploit physique. Après plusieurs expériences de haut niveau dans différentes disciplines (gymnastique, danse, rugby, ski freestyle), et notamment plusieurs titres de champion de France des catégories jeunes dans ces différentes disciplines, je me suis entièrement consacré au ski de vitesse. Professionnellement, à l’âge de 16 ans.

En 2016, tu es privé de compétition après ta blessure au genou (ligaments croisés). Peux-tu nous évoquer ce coup d’arrêt dans ta carrière ?

Ce fut mon premier coup d’arrêt aussi important. J’ai eu de nombreuses « petites » blessures dans ma carrière dans les différents sports que j’ai pu pratiquer, mais c’est la première qui m’ait privée totalement d’une saison. J’ai assisté, impuissant, à la réalisation du record du monde actuel d’Ivan Origone, franchissant les 254km/h, depuis ma chambre au Centre Européen de Rééducation du Sportif de Capbreton. Forcément, ça laisse des traces !

Quand on est mordu de sport, comment parvient-on à « tuer le temps » ?

Les premières semaines, on ne réalise pas totalement ce qu’il se passe. Le coup d’arrêt est brutal. La veille tu es physiquement à 100%, le lendemain tu vas devoir te faire opérer puis réapprendre à marcher, à te déplacer, puis à courir, avant de reprendre petit à petit le sport. Tu dois apprendre à t’armer de patience. Tu marches au bout d’un mois et demi, tu trottines à 3 mois. Au bout de 5/6 mois tu peux reprendre l’entrainement spécifique et enfin retrouver la compétition après 8 mois ou 1 an. La rupture des ligaments croisés du genou n’est pas une blessure ultra douloureuse, mais c’est surtout une très longue reconstruction. Alors au final, de la rééducation, de la préparation physique, tu en fais 8h par jour pendant 8 mois. Ce n’est pas tant l’activité qui te manque, mais le retour à la compétition. De pouvoir se mesurer au chrono, aux autres, et connaître le verdict final à savoir si tu seras ou non capable de retrouver ton niveau avant blessure. Et parfois, le résultat est au-delà de tes espérances.

Finalement, tu reviens plus vite et plus fort que jamais. Tu deviens champion du Monde, remportes le Speed Masters de Vars tout en battant ton propre record personnel avec plus de 251km/h… On peut dire que c’était un mal pour bien non ?

Sur le moment tu ne t’en rends pas vraiment compte. C’est cette course contre la montre pour ton retour à la compétition qui t’intéresse, et tu espères juste retrouver ton niveau. Mais avec du recul, si tu analyses ta blessure, tu te rends compte qu’elle ne marque pas seulement un coup d’arrêt, mais plutôt un renouveau. Obligé de te concentrer sur ton corps, sur ta récupération en vue d’un retour éventuel à la compétition. Tu prends le temps d’analyser chaque situation, chaque détail, d’écouter ce que celui-ci a à te dire. Au final, je n’ai jamais été aussi préparé physiquement qu’après cette blessure. Mais la prépa’ physique n’est pas la seule clé du succès. Tu as en plus du temps hors de ta bulle habituelle, tu prends du recul sur ta pratique, sur tes façons de fonctionner, de penser, celle de tes concurrents. Cela te donne un nouveau regard sur la discipline. Et tu t’attaches à de nouveaux détails jusqu’alors imperceptibles. Tu prépares petit à petit ton plan d’attaque … Et côté motivation, un reset d’un an hors de ta vie habituelle te rend plus déterminé que jamais, l’esprit frais, préparé à affronter les plus grandes épreuves avec une envie décuplée. Tu provoques ta chance et parfois les astres s’alignent comme lors de cette année 2017. La triple couronne de notre discipline la même année, personne ne l’avait déjà réalisé dans l’histoire du ski de vitesse.

Quels sont désormais tes objectifs pour la suite de ta carrière ?

Il ne me reste plus qu’une seule chose à aller chercher, le record du Monde de ski de vitesse. 3 ans que nous attendons les conditions optimales. Trois ans que je détiens la meilleure performance mondiale depuis le dernier record du Monde auquel j’ai assisté depuis le centre de rééducation. Impatient de pouvoir en découdre enfin !


Tu es également un grand fan de l’océan. Si tu devais choisir entre la mer et la montagne ? L’été ou l’hiver ?

Effectivement, j’ai eu la chance depuis tout petit de grandir dans les Pyrénées, entre océan et montagne. L’été à surfer sur la côte basque, l’hiver à dévaler les pentes enneigées. Je ne pourrai jamais choisir entre ces deux éléments, ils sont mon équilibre. C’est à travers l’océan que je trouve la force nécessaire pour me recharger et attaquer une nouvelle saison hivernale au plus haut niveau.

Qu’est-ce que représente le sport pour toi ?

Le sport est un moyen d’expression à mon sens. Je suis dans la vie assez calme, j’analyse tout, je réfléchis beaucoup et j’ai tendance à garder pour moi mes émotions. Dans notre société actuelle chaque geste est épié, analysé. Il est difficile d’être totalement soi en toutes circonstances, sans filtre. Et c’est à travers le sport que je me sens libre, que je peux m’exprimer pleinement et repousser mes limites sans aucune barrière. C’est un exutoire, ma façon à moi de m’exprimer.

Si tu avais un conseil à donner aux jeunes qui souhaite pratiquer le ski de vitesse ?

Passe faire un tour lors des nombreuses animations du Speed ski tour. Près de 50 dates en France pour essayer la pratique du ski de vitesse en toute sécurité. Le matériel est fourni et tu as les conseils d’un professionnel, Xavier Cousseau (recordman du monde en monoski) . Sinon tu as également l’option du Challenge Quiksilver, ouvert pour les 6/16 ans avec 6 dates en France (Alpes, Massif central et Pyrénées) pour rencontrer les meilleurs skieurs de vitesse de ta catégorie d’âge et faire tes premières armes . Dans tous les cas, fonce, l’essayer c’est l’adopter !

Pour terminer, ton petit frère Jimmy est devenu en 2019, champion de France de la discipline. Le succès, c’est de famille chez les Montès ?

J’ai toujours eu l’avantage d’avoir mon petit frère en compétition avec moi. Ça permet de se soutenir lors des nombreux voyages et de pouvoir s’entraider dans les différents tests en compétition. La seule difficulté vient lors des courses à très grande vitesse. Connaissant les risques, on se sent paralysé lorsque l’autre s’élance au départ. On a besoin de le savoir en bas, en toute sécurité avant de pouvoir se concentrer sur sa propre course. C’est quelque chose que l’on apprend petit à petit à contrôler avec les années. Justement, cette année est un peu celle de sa révélation. Il vient d’avoir deux enfants et avait un peu délaissé les entrainements ces 2 dernières années à la suite d’une blessure au genou. Ça aussi c’est de famille ! Son retour l’an dernier a été très compliqué, laissant penser qu’il arrivait peut être au bout de sa carrière. Et finalement il réalise cette année ses meilleures performances, reboosté auprès des siens, et parvient même en plus du titre de champion de France à accrocher deux “huitième place” en Coupe du Monde. Une renaissance !

Thomas Pain

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