Après Jacques Anquetil et Eddy Merckx, le Tour de France s’est découvert un nouveau cycliste d’exception: Bernard Hinault. Dans la lignée de ses illustres prédécesseurs, le Breton a régné plusieurs années sur le cyclisme mondial. Retour sur l’impressionnante carrière du “Blaireau”.

Des classiques aux courses par étapes

Les carrières d’Eddy Merckx et de Bernard Hinault révèlent plusieurs similitudes. Comme le Belge, le natif d’Yffiniac s’est d’abord révélé sur les classiques. Avant de briller sur les courses par étapes. Passé professionnel en 1974, Hinault a mis trois ans avant d’exploser aux yeux du grand public. S’il a terminé 7ème de son premier Paris-Nice en 1975 et remporté le Circuit de la Sarthe, Paris-Camembert et le Tour du Limousin en 1976, il prend une autre dimension en 1977. Cinquième de Paris-Nice, il abandonne ensuite très prématurément sur le Tour des Flandres. Peu après, il remporte Gand-Wevelgem en ayant pris la bonne échappée. Un succès de prestige confirmé moins d’une semaine plus tard sur Liège-Bastogne-Liège. Faisant partie d’un groupe de dix coureurs en compagnie d’Eddy Merckx, Roger De Vlaeminck ou Freddy Martens, il réussit à tirer son épingle du jeu et s’impose dans un sprint à deux devant Dierickx. Un mois plus tard il envoie un signal fort à tous ses adversaires en remportant le Critérium du Dauphiné Libéré. Vainqueur de deux étapes, il s’impose avec neuf secondes d’avance sur Bernard Thévenet. Le début de l’ère Hinault est en route!  

Coup d’essai, coup de maître

L’année 1978 est celle de la découverte des Grands Tours pour Bernard Hinault. Deuxième de Paris-Nice en mars, il s’élance fin avril pour sa première Vuelta. Il y remporte trois étapes, en plus du prologue, et termine victorieusement ce Tour d’Espagne avec trois minutes de marge sur son dauphin. Une bonne expérience avant son premier Tour de France, le grand objectif de sa saison. Profitant des défaillances de Thévenet et Bruyère, puis de l’exclusion du maillot jaune Pollentier, le Breton se retrouve deuxième à quelques secondes de Zoetemelk. D’un niveau presque équivalent en montagne, les deux hommes se départagent lors de l’ultime contre-la-montre de 72 kilomètres. Et à ce jeu, c’est le “Blaireau” qui en sort vainqueur avec près de quatre minutes d’avance sur le Néerlandais. A 23 ans, il devient le nouvel homme à battre.

Bernard Hinault remporte son 1er Tour de France devant Zoetemelk.

Un coureur complet pour un palmarès d’exception

L’année suivante, vient la saison de la confirmation. Très attendu, Bernard Hinault ne déçoit pas. Vainqueur de la Flèche Wallonne et du Critérium du Dauphiné Libéré (avec quatre victoires d’étapes et dix minutes d’avance), il s’élance avec le plein de confiance pour son deuxième Tour de France. Son duel avec Joop Zoetemelk est passionnant. Malgré plusieurs crevaisons et des minutes égarées dans l’étape pavée entre Amiens et Roubaix, le Breton profite de la domination de son équipe Renault-Gitane pour asseoir son leadership dans les contre-la-montre ou en montagne. Ce Tour 1979 se termine par une magnifique passe d’arme entre les deux hommes sur les Champs-Elysées. Hinault s’impose au sprint et remporte son deuxième Tour de France.

En 1980, le Français remporte son premier Giro mais est contraint à l’abandon sur la Grande Boucle au soir de la 16ème étape à cause de fortes douleurs au genou. Il occupait la tête du classement général. De retour à la compétition en août, il triomphe en solitaire lors des championnats du monde et décroche le maillot arc-en-ciel. Hinault continue sur cette lancée puisque la saison 1981 est peut-être la meilleure de sa carrière. Lauréat de Paris-Roubaix malgré trois chutes et deux crevaisons, il remporte également l’Amstel Gold Race et un nouveau Critérium du Dauphiné Libéré. Sur les routes du Tour de France, le champion du monde s’impose très facilement, reléguant son dauphin Van Impe à plus de 14 minutes.

La saison suivante, il choisit de faire l’impasse sur les Classiques pour se concentrer sur le Giro et le Tour. Un choix payant puisqu’il réussit le doublé, rejoignant Fausto Coppi, Jacques Anquetil et Eddy Merckx dans la légende. Pourtant, sa 4ème victoire au Tour de France est marquée par le conflit naissant avec Cyrille Guimard, son directeur sportif.

Un départ pour un ultime Tour de France

Une victoire à la Vuelta et un forfait pour la Grande Boucle. Voilà le bilan de la dernière année de Bernard Hinault chez Renault. L’heure est au départ et le Breton signe pour La Vie Claire-Terraillon, nouvelle formation du circuit. Pour sa première année sous ses nouvelles couleurs, il doit se contenter de la deuxième place sur le Tour. Il termine à plus de dix minutes de Laurent Fignon, qui remporte là son deuxième succès consécutif. A l’intersaison, l’équipe financée par Bernard Tapie se renforce. Hinault en profite pour remporter son troisième Giro en autant de participations. Fignon forfait pour le Tour 1985, le Costarmoricain se voit offrir une chance unique de réaliser le quintuplé. Malgré une fracture du nez et l’émergence de Greg LeMond, son coéquipier, il entre dans la légende au forceps. L’apothéose d’une carrière mémorable. L’année suivante, pour sa dernière saison, il joue le coéquipier de luxe pour LeMond. Offensif, le coureur de 31 ans se montre à l’avant dans de nombreuses échappées et permet à l’Américain de lui succéder. Il se glisse sur la deuxième marche du podium pour son dernier Tour de France.

La passation de pouvoir entre Hinault et LeMond.

En huit participations au Tour de France, Bernard Hinault l’a emporté à cinq reprises. Il y totalise 28 victoires d’étapes et n’a loupé qu’une seule année le podium, lors de son abandon en 1980. Triple vainqueur du Giro, double lauréat de la Vuelta et une fois sacré champion du monde, le Breton possède l’un des plus beaux palmarès que le cyclisme ait connu.

Nicolas Inizan

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