Le cheval est un animal qui côtoie l’homme depuis bien longtemps : selon des recherches établies par le CNRS, les premières traces de sa domestication datent de la fin du Néolithique, soit environ 3500 ans avant notre ère, aux confins de l’actuel Kazakhstan. Mais alors qu’il remplissait nombre de fonctions utilitaires, de la guerre au débardage en passant par le tri de bétail, le cheval est peu à peu devenu animal de loisir, et de sport. 

L’histoire de la cohabitation entre l’homme et le cheval est longue et dense. Cet animal a incarné au fil des siècles nombre de mythes qu’il serait trop long d’énumérer ici. Pour bien comprendre comment sont nés les sports équestres, il faut néanmoins revenir un peu en arrière…

Une pratique réservée à une élite

La pratique de l’équitation commence à se codifier en occident via la chevalerie et ses nombreux traités. Atteignant son apogée entre le XIème et le XIIIème siècle, cette activité particulière était pleinement réservée à une partie de la population. À cette époque, seule la noblesse peut monter à cheval : la pratique de l’équitation est alors – et continuera à l’être par ailleurs – un marqueur social, au moyen-âge, du moins, un marqueur “d’ordre”. La fin de cette période historique débouchera sur la consolidation de cette noblesse. Ainsi, dès le XVIIème siècle, on verra se développer une “noblesse de cour” (comme décrite par Norbert Elias, sociologue allemand) dont un des outils de rayonnement était le cheval et plus particulièrement la pratique de l’art équestre. Naît avec ce développement une équitation dite “de cour” ou “académique” qui a pour but non pas l’utilité de l’animal mais le beau, l’esthétique et l’élégance. D’où son surnom d’art équestre. De nombreux traités sont écrits à cette époque et commencent à codifier la pratique de l’équitation.

En parallèle se déploie une équitation militaire, elle aussi de plus en plus encadrée. On dit souvent que l’équitation moderne est issue de celle militaire mais ce propos est à nuancer. Comme le soulève Jean-Pierre Digard, directeur de recherche au CNRS, ces deux équitations, de cours et de guerre, “répondent à des finalités différentes” et alors que l’équitation de cour développe un style raffiné, l’équitation militaire répond quant à elle, à une fin particulière : ces deux pratiques sont alors “antagonistes, voire incompatibles”. La codification de l’équitation est synonyme d’un dépassement d’une simple fonction sociale du cheval, celui-ci étant dressé finalement pour le plaisir. L’équitation moderne hérite en cela de ces deux traditions équestres.

Du cheval de cour au cheval athlète

Un basculement s’opère au XIXème siècle. Le cheval de guerre et la pratique de l’équitation militaire retrouvent de leur superbe notamment grâce à la militarisation d’une école toujours reconnue, l’Ecole de cavalerie de Saumur, ainsi qu’à un réemploi du cheval de selle dans les campagnes d’Italie et d’Egypte sous Napoléon. Or au même moment, l’équitation de cour, également appelée équitation “savante”, décline, dépassée par les nécessités belliqueuses. De plus, la noblesse cesse peu à peu de remplir sa fonction d’ordre supérieur suite aux révolutions de 1789 puis de 1848. Cette équitation “savante” trouve alors un réemploi en cirque par exemple, qui connaît son essor au même moment. Le cheval perdra toutefois au fil du temps son utilité dans la conduite de la guerre, celle-ci faisant peu à peu la part belle aux armes à feu. Pour rappel, la Première Guerre Mondiale est le dernier conflit à avoir mobilisé une cavalerie en occident.

Ainsi, le XXème siècle sera propice à la pratique de l’équitation de sport et de loisir. Les chevaux disparaissent des espaces publics mais apparaissent dans les sphères privées. Le cheval perd sa fonction sociale mais acquiert une fonction culturelle. L’équitation n’est plus réservée à des hommes ayant un statut particulier – aristocrate ou militaire – et trouve son essor au sein des classes moyennes et supérieures dès l’entre-deux-guerres. Le nombre de chevaux présents en France diminuent, mais le nombre de cavalier lui augmente. Des pratiques autrefois peu importantes vont ainsi se consolider jusqu’à l’élaboration de réelles disciplines sportives. D’ailleurs, notre siècle est celui de l’apogée du cheval de sport, élevé non plus pour la pratique de la guerre ou pour des courbettes de cour mais pour la pratique sportive, en particulier des disciplines olympiques. Le dressage, le Concours de Saut d’Obstacle et le Concours Complet d’Equitation.

L’apparition de l’équitation aux Jeux Olympiques

Ces disciplines vont apparaître relativement tôt puisque les sports équestres vont être représentés dès les Jeux de Paris en 1900 avec trois épreuves de saut ainsi qu’une épreuve de polo. Puis, avec les Jeux de Stockholm en 1912 sous la forme des trois disciplines que nous venons de citer. La voltige sera une discipline olympique éphémère puisqu’elle sera seulement présente aux Jeux de 1920 à Anvers. Les JO seront d’abord réservés aux militaires qui y voient une bonne porte de sortie pour leurs pratiques équestres. Ce n’est qu’à partir des Jeux de 1952 à Helsinki que les civils ainsi que les femmes sont admis dans les disciplines équestres. Malgré tout, les femmes ne peuvent alors participer qu’aux épreuves de dressage. Il faudra attendre l’édition suivante pour le saut d’obstacle et 1964 pour le concours complet.

Cette ouverture accompagne donc la dynamique de sport et de loisir qui débute dès les années 1930, dont nous parlions juste au-dessus. Les trois disciplines sont pratiquées aux J.O en individuel et par équipe, et forment d’ailleurs un des rares sports réellement mixte car hommes et femmes s’affrontent sur les mêmes épreuves, sans obligations de quotas. Aussi, ces trois disciplines sont les seuls, avec le volet, saut d’obstacle dans le pentathlon, à convoquer un animal aux Jeux. Les sports équestres sont, vous l’aurez compris, des sports à part dans la galaxie des sports olympiques et sont issus de pratiques très anciennes.


Le petit +

Première série de notre enquête sur les sports équestres, nous vous décrirons lors du prochain épisode ces fameuses trois disciplines olympiques, leurs origines, leurs codes et les polémiques qui les entourent. Restez branchés sur Sport’s House !

 

Total
6
Shares

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.