Selon les informations du Monde, Eric Thomas, le président de l’Association Française de Football Amateur (AFFA), a adressé une lettre au président de la République, Emmanuel Macron. Il y dénonce l’absence de “réels contre-pouvoirs” à la Fédération française de football.

Trois jours avant l’Assemblée fédérale de la Fédération Française de Football (FFF) qui s’est déroulée le 8 juin dernier, Eric Thomas, président de l’Association Française de Football Amateur (AFFA), a adressé une lettre au président de la République, Emmanuel Macron. Il lui rappelle certaines de ses promesses électorales, à savoir démocratiser davantage le mouvement sportif et « rendre le fonctionnement des fédérations sportives plus efficace avec l’élection systématique des présidents de fédérations sportives par les clubs ».

Un système électoral qui pose question

L’Elysée affirme avoir reçu ce courrier daté du 5 juin, selon les informations du journal Le Monde qui a pu le consulter. Le candidat malheureux à la présidence de la Fédération française de football face à Noël Le Graët, en 2011, 2012 et 2017, dénonce « la dictature des instances du football français, où quelques-uns disposent de tous les droits, alors qu’une immense majorité ne connaît que des devoirs ».

Il remet ainsi en cause le système électoral de la FFF qui a été entériné en 2010, suite au fiasco des Bleus lors du Mondial sud-africain. Les suffrages de 216 grands électeurs sont depuis répartis entre les représentants du football amateur (63 % des voix) et ceux des clubs professionnels (37 %). Avec ce scrutin de liste, le vainqueur obtient l’ensemble des douze sièges du comité exécutif de la Fédération.

« La FFF bafoue le principe constitutionnel du secret du vote »

Cette situation conviendrait au président de la FFF, Noël Le Graët, qui est en poste depuis 2011. Eric Thomas ajoute que « l’unanimité des clubs finistériens, et plus de 80 % des clubs bretons ont voté récemment en assemblées générales pour demander plus de démocratie dans nos instances ».

Le secret du vote ne serait d’ailleurs pas respecté : « Les cartes de vote électroniques disposent toutes d’un numéro de série différent, ce qui rend possible le traçage des votes. La FFF bafoue ici le principe constitutionnel du secret du vote ». Eric Thomas parle d’irrégularités lors de scrutins locaux, notamment à l’occasion de « l’élection du Comité directeur de la Ligue du Centre-Val de Loire, le 12 janvier. » Selon lui, « Le Trésorier de la Ligue de Football Amateur transgresse les statuts pour assurer l’élection du Président du District du Cher, alors que celui-ci présente sur sa liste un membre de la Commission de surveillance des opérations électorales, ce qui est formellement interdit (article 16 des Statuts de la Ligue du Centre-Val de Loire de Football) ».

Dans sa missive, Eric Thomas rappelle que « plus de 4 000 clubs amateurs ont mis la clé sous la porte ces dernières saisons. » Il dénonce un « système (qui) asphyxie les finances de ces clubs pour faire fonctionner une administration pléthorique, alors que ce sont les bénévoles qui œuvrent tous les jours ».

Des enveloppes budgétaires en hausse

En juin 2018, la FFF a voté un fonds « d’aide record », selon ses propres dire, de 86 millions d’euros pour le football amateur. A ce fonds s’est ajouté une enveloppe budgétaire de 272 millions d’euros pour la saison 2018-2019, due à la victoire de la Coupe du Monde par l’Equipe de France et aux dotations touchées de la Fédération internationale de football (FIFA) de l’ordre de 32,6M.  L’an dernier, la FFF a octroyé 10 millions d’euros en matériel sur deux saisons — dont 3 émanant de Nike, principal partenaire de l’organisation – en matériel aux petits clubs – jusqu’à moins de 100 licenciés – aux équipes pourvues d’une école de football et aux associations ayant une section féminine.

Face à ces sommes mirobolantes, Eric Thomas dénonce une fédération qui s’éloignerait de la réalité des clubs amateurs : « La FFF s’éloigne de nous avec un fonctionnement de plus en plus autoritaire qui impose des règlements, des procédures, des amendes… qui découragent les bénévoles les plus expérimentés et tuent nos clubs. De plus, nous sommes persuadés que la démocratie par les clubs apportera une garantie supplémentaire face à l’abandon annoncé de la tutelle de l’Etat sur les fédérations ».

De précédentes critiques

Dans un rapport datant de 2017, la Cour des comptes pointait d’ores et déjà « l’absence de réels contre-pouvoirs » dans l’institution. La même année, un rapport sénatorial sur la gouvernance du football, rédigé par Jean-Jacques Lozach (Groupe socialiste et républicain) et Claude Kern (Union des démocrates indépendants), expliquait que « l’élection du comité exécutif de la FFF au scrutin de liste bloquée pose un certain nombre de questions puisque ce dispositif permet à une toute petite équipe de diriger, seule, le football français et ses 2,2 millions de licenciés. […] Les rapporteurs ajoutaient que l’importance de la Fédération et la diversité de ses composantes justifieraient que davantage de pluralisme puisse s’exprimer ».

Par sa lettre, Eric Thomas alerte l’Elysée sur la situation des clubs amateurs face à l’influence de la FFF. Celui qui est proclamé le représentant du « foot d’en bas » demande à être reçu par la ministre des sports, Roxana Maracineanu. Affaire à suivre.

Victoire Panouillet

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