Le football italien a connu une période sombre. Absents historiques de la dernière Coupe du Monde (la 1ère fois depuis 1958), les Gli Azzurri souffrent d’un déficit rare dans l’Histoire de la sélection en l’absence de buteur de renom. Loin des Inzaghi, Vieri ou autres Rossi, les buteurs italiens de qualité ne sont pas légion. Pourtant, il existe en Italie une légende au sujet d’un joueur. Ce joueur – qui a eu 39 ans en Février dernier – évolue depuis 2018 à Pise, au sein d’une obscure Série C (3ème division italienne). Un joueur atypique autour duquel un mythe s’est construit. Et qui, d’après la légende, aurait même pu prétendre au Ballon d’Or s’il l’avait voulu. Son nom ? Davide Moscardelli.

Une carrière dans l’ombre

Lorsque l’on observe sa carrière, Davide Moscardelli n’est rien d’autre qu’un attaquant parmi tant d’autres. De ceux qui ont effleuré le plus haut niveau sans y avoir accéder. Il n’a d’ailleurs jamais inscrit plus de 17 buts par saison dans les divisons inférieures. Rien de faramineux, donc.

C’est à Maccarese, en 1997, que commence la carrière de Moscardelli. Il passe ensuite de clubs en clubs sans réellement pouvoir se faire remarquer. Cependant, en 2003, il intègre après 6 années de carrière un club de Série B : Triestina. Il y restera 2 années avant de rejoindre Rimini, puis Cesena et enfin Piacenza qu’il quittera en 2010. En 7 saisons en Série B, le massif (90 kilos) attaquant marque 75 buts en plus de 200 rencontres disputées. Mais au-delà de chiffres communs, son activité est saluée dans la botte italienne. Bien avant l’heure, Moscardelli est un attaquant qui défend. Il a l’image d’un joueur qui pèse sur les défenses, grâce à son gabarit mais aussi par sa grinta naturelle.

Ainsi, après 13 ans à végéter dans les divisions inférieures, celui qui vient juste d’avoir 30 ans intègre la Série A. C’est le Chievo Verone qui l’intégrera dans ses rangs et où il restera 3 saisons.

Pourquoi le Chievo ? Et bien, la raison de ce transfert tient en la personne du Président du club de Vérone : Luca Campedelli. Ce Président atypique est loin des standards actuels. La raison ? Il voir moins le football comme l’économie qu’elle est devenue, mais plutôt comme un art complexe. Pour faire simple, le Président des giabollu est un romantique. Voyant le football avant tout comme un sport où doivent régner magie et amour, il veut avant tout être subjugué. Et Davide Moscardelli répondait à la perfection à ce critère.

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Luca Campedelli est un Président comme il en existe peu en Europe

Lors de ces 3 saisons passées au Chievo, Moscardelli réussira à inscrire 11 petits buts. Bien peu, donc. Mais certains matchs de ces 3 saisons ont montré en quoi il était un joueur différent. Supporteur numéro 1 de l’AS Roma, on constate notamment lors de ces confrontations face à la Louve qu’il est bien plus un fan de football qu’un footballeur au sens strict du terme. C’est notamment le cas lors d’une rencontre entre « son » AS Roma et le club dans lequel il joue.

Le 05 décembre 2010, Moscardelli inscrit lors de cette rencontre le but du 2-1. Et le joueur plein de grinta redevient un enfant. Presque éhonté, il se tourne vers les supporteurs romains et se cache le visage. Encore plus savoureux, quelques instants plus tard, le légendaire Daniele De Rossi lui assène un tacle assassin par derrière. L’arbitre s’apprête logiquement à exclure le joueur romain. Mais au milieu de ses coéquipiers protestant sa décision se trouve… Moscardelli lui-même, quémandant l’arbitre de ne pas exclure son adversaire. Voilà le genre de joueur qu’est Moscardelli, un joueur qui se contente de jouer au football sans se soucier du reste.

Le caractère d’une légende

Par la suite, Moscardelli retourna dans les divisons inférieures, où il joue toujours. Refusant de quitter son pays, il continue, à 39 ans, de ravir ses supporteurs locaux.

Mais pourquoi un joueur à la carrière aussi « normale » est-il si spécial ? Parce que Moscardelli est loin des standards.

Au fait, c’est en janvier 2013 que ce dernier commence à se faire remarquer pour une raison particulière… En manque de temps de jeu au Chievo, Moscardelli est transféré à Bologne. Suite à ce transfert, le fantasque italien décide… de se laisser pousser la barbe jusqu’à inscrire son premier but avec son nouveau club. Cela n’arrivera qu’au mois de mai. Et vaudra au joueur italien de s’accommoder d’un look atypique. Les tifosis du Dall’Ara ont été les premiers séduits par le look, le personnage empreint d’anticonformisme et de simplicité, ainsi que le footballeur amoureux du beau geste.

Par la suite, on comparera Davide à Chabal, Harden. Et Moscardelli en jouera avec énormément d’humour, acquérant par la même une grosse notoriété sur les réseaux sociaux et même sur Youtube où fleurissent des compilations de « celui qui aurait dû avoir le Ballon d’Or », à la manière des “Chuck Norris facts”. Mais cette barbe, seule, n’est évidemment pas la seule particularité du joueur au caractère si particulier.

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Davide Moscardelli, artiste à l’histoire atypique

Car Moscardelli, c’est d’abord un esthète qui enflamme les foules. Un artiste comme ils sont si rares. Moscardelli n’a passé que trois années en Série A. Lui-même ne comprenait pas pourquoi il a dû entendre d’avoir 30 ans pour intégrer le plus haut niveau. Et évidemment, il est difficile de savoir pourquoi. Mais lorsque l’on observe Moscardelli manier le cuir, quelque chose d’hors du commun se passe. Comme si nous n’assistions plus à une rencontre professionnelle. Mais à un match entre amis.

Dans l’Histoire du football a existé beaucoup d’attaquants. Le renard des surfaces à la Inzaghi ou Van Nistelrooy. Le joueur complet et davantage créateur que finisseur à la Benzema. Ou encore, l’attaquant furio-classe, capable de créer, de distribuer et de marquer à la Thierry Henry version Gunners. Mais Moscardelli n’appartient pas à ces castes. Peu lui importe de régaler ses coéquipiers. Peu lui importe de faire trembler les filets. Ce qu’il veut, c’est jouer au ballon. Et il le fait admirablement.

Car Davide Moscardelli est un funambule, un show-man. Capable de tous les gestes, il les place dès qu’il le peut. Virgule, double sombrero, contrôle en porte-manteau, feintes de corps, dribbles dans des espaces minuscules ou encore reprise de volée lorsque la situation permet un contrôle et une temporisation pour être sûr de marquer… Tous ces gestes ne sont pas des moyens de se créer une situation pour lui. Ils sont la situation, pleinement.

Nous parlons souvent en football d’artistes. Par ce terme galvaudé, nous parlons des Neymar, Messi, Ronaldinho ou encore Iniesta. Mais ces joueurs sont avant tout des footballeurs. Jamais vous ne verrez Messi attendre son opposant juste pour le dribbler alors qu’il pouvait frapper au but. L’Argentin, formidable esthète au demeurant, ne joue pas dans une quête de beauté du geste. Il est le football ultime. Mais Moscardelli est avant d’être un footballeur, un artiste. De ceux qui jouent pour la beauté, pour le spectacle indépendamment de tout résultat. En résumé, de ceux qui jouent pour le public.

Pourtant, Billy Costacurta dira de lui que « par la beauté de ses buts, il n’a rien à envier à un Messi ou Maradona ». Rien que ça. Et à son allure pataude, on ne croirait presque pas l’ancienne gloire du Milan A.C. Pourtant, c’est le cas, pleinement. Moscardelli est une sorte d’anomalie dans le temps. Comme s’il débarquait d’un autre monde au sein duquel le football n’était plus du tout histoire de résultats. Mais d’innocence. L’Italien joue le football sous sa forme la plus pure. Celle par laquelle nous avons tous commencé, un jour, à imiter nos idoles à l’excès même lorsque le jeu exigeait de la sobriété. Moscardelli joue indépendamment de toutes les contraintes auréolant le football moderne. Il est son incarnation la plus libre. De celle qui fait lever les foules. De celle qui a juste besoin d’un ballon et d’un homme pour illuminer nos iris.

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