Dirk Nowitzki a consacré la moitié de sa vie au Mavericks de Dallas. Une fidélité à toute épreuve.

À 40 ans, Dirk Nowitzki songe à tirer sa révérence à la fin de la saison. On oublie les Playoffs cette année mais qu’importe. Au terme de 21 saisons qui l’ont vu remporter un titre NBA et de MVP, l’emblématique numéro 41 des Dallas Mavericks s’en va en légende, laissant derrière lui un immense vide pour toute une génération. À moins qu’il ne prolonge la magie une pige de plus…

« J’adorerais être là une saison de plus pour les jeunes mais je pense que cela dépendra de l’état de mon corps. Évidemment, j’ai eu quelques soucis cette année. Mon genou est douloureux depuis quelques semaines, avant le All-Star break, donc tout n’est pas rose. Mais comme je l’ai dit, je me sens mieux et un peu plus fort. […] Je prendrai cette décision un peu plus tard mais le futur de l’équipe s’annonce brillant. Je pense que si Luka et KP restent ensemble et en bonne santé, ils formeront un grand duo. Ils devraient réussir à tirer le meilleur l’un de l’autre. Ils ont tous les deux des qualités techniques et de playmaking incroyables pour leur taille. Ils devraient bien s’entendre mais nous allons voir ce que ça donne l’année prochaine. »

Cette déclaration laisse planer le doute sur une éventuelle 22ème saison. Après l’annonce le 27 août dernier de Manu Ginobili de se retirer des parquets, le grand Dirk pense à rejoindre l’EHPAD passer le flambeau. À bientôt 41 ans, le gamin de Würzburg fait partie des derniers dinosaures avec Vince Carter à avoir commencé sa carrière NBA avant 2000. À cette époque, Michael Jordan faisait encore danser le Jazz, Giannis Antetokoumpo mangeait encore ses crottes de nez dans le bac à sable et Luka Doncic commençait tout juste à s’entrainer dans le ventre de sa mère. Si Vinsanity semble increvable et prêt à jouer encore quelques piges, Nowitzki, quant à lui, se pose des questions, une carrière suffisamment riche de succès. Aujourd’hui, le temps de jeu n’est plus au rendez-vous. Le corps souffre et l’enchaînement des longues saisons NBA est difficile. Retour sur une ascension extraordinaire.

Papy fait de la résistance : Dirk Nowitzki et Vince Carter sont les deux derniers joueurs de la draft 1998 encore en activité. Il n’y en aura qu’un la saison prochaine.

Les jeunes années

Né le 19 juin 1978 dans la commune de Würzbourg en ex Allemagne de l’ouest, Dirk Werner Nowitzki a la fibre sportive dans le sang. Son père était handballeur professionnel, sa mère était en équipe nationale de basket et sa sœur excelle en athlétisme et en basket. Après s’être essayé au handball et au tennis, sa grande taille le mène naturellement vers le basketball. À 15 ans, il rejoint l’équipe de Würzburg, une modeste formation de seconde division allemande, pour laquelle il joue de 1994 à 1998. L’apprentissage est compliqué et les études l’intéressent moins que la balle orange. Il est même forcé d’étudier à l’école plutôt que de s’entraîner. La saison 1996-97 voit l’émergence du talent allemand. Son temps de jeu augmente et le scoring aussi. Sa dernière année l’envoie faire son service militaire mais il finit tout de même meilleur marqueur de la ligue. Würzbourg DJK accède en première division et il est nommé joueur allemand de l’année. Dirk commence à être connu et participe à divers camps de basketball dont le Nike Hoop Heroes Tour et le Hoop Summit, jouant contre des gloires NBA dont Charles Barkley. La légende est amorcée, la grande ligue lui fait les yeux doux.

Dirk Nowitzki aurait pu jouer le rôle de Bodhi dans le film « Point Break ».

De ses débuts difficiles au rôle de Franchise Player

9ème pick de la Draft 1998 par les Milwaukee Bucks, il est directement transféré à Dallas. Il ne connaitra plus aucune autre franchise. Nowitzki devient alors le 4ème allemand à jouer en NBA après Uwe Blab, Christian Welp et Detlef Schrempf. Avec 8,2 points de moyenne pour sa première année, le rookie est seulement à 2,6 rebonds, lui qui culmine maintenant à 2,13m. L’adaptation au jeu outre atlantique est difficile et pour couronner le tout, il ne dispute que 47 matchs en raison du Lock-out*. Son jeu défensif est faible, ses adversaires directs sont plus athlétiques que lui. Le grand Dirk a du mal, dans une ligue où le physique est si important. Malgré un roster de qualité (Nash, Ceballos, Bradley, Finley), les Mavericks manquent les Playoffs.

La « blonde attitude » était de rigueur à Dallas en 1998.

L’arrivée de Mark Cuban à la tête de la franchise va faire évoluer Dallas dans une autre dimension. Les stats de l’Allemand augmentent. Le trio Nash / Nowitzki / Finley fait enfin des merveilles et la saison 2000-01 voit les Mavs accéder aux Playoffs pour la première fois depuis 1990. Autrefois timide, Dirk devient petit à petit la pièce maîtresse de l’effectif de Cuban. En 2002-03, il passe pour la première fois la barre des 60 victoires en saison régulière, Le club texan deviennent alors une équipe à prendre au sérieux et accède pour la première fois de son histoire aux Finals en 2006, face au Miami Heat de Dwyane Wade qui l’emporte 4-2. Mais la réputation de l’Allemand est désormais faite et il décroche le titre de MVP de la saison l’année suivante avec 24,6 points de moyenne. Il touche enfin au Graal et devient champion NBA et MVP des Finals 2011 (26 points et 9,7 rebonds) contre Miami et le big three Wade / Bosh et LeBron. Une belle revanche après la finale perdue de 2006.

Mais, l’âge le rattrape. Ses stats sont en baisse année après année, les minutes sont maintenant minimes et Dirk se contente de transmettre son expérience aux plus jeunes. Malgré la relève incarnée par le magicien slovène Luka Doncic, Dallas est à la traîne et ne verra pas les Playoffs, pour la deuxième année consécutive. Mais puisque les légendes ne naissent pas du hasard, Wunderkind nous a gratifié le 24 mars dernier d’une dernière petite perle en collant 21 points, dans la victoire de Dallas à Golden State le 24 mars dernier. Ovationné par l’Oracle Arena, c’est peut-être la dernière fois qu’Oakland voyait Dirk Nowitzki, l’hommage ultime pour une légende.

En 2011, la paire Jason Kidd / Dirk Nowitzki fait des étincelles et remporte le titre.

Un style de jeu atypique

« C’était génial. En 2011, quand j’ai commencé à jouer au basketball, à mon premier entraînement, mon coach avait une cassette avec tous les meilleurs Big Men de la Ligue, du passé et du présent. Et il [Dirk Nowitzki] était sur cette cassette. Dès que j’ai attaqué, j’ai vu son move, le one-leg fadeaway. Ça a été mon move pendant longtemps. Quand j’ai commencé le basket, c’est le seul que je connaissais, et j’adorais ça. Vous voyez, le dribble, le demi-tour, puis le one-leg fadeaway. J’avais l’habitude de le faire tout le temps. […] Dirk Nowitzki a un énorme impact sur le basketball, surtout sur nous, les Africains, les Européens, les Asiatiques. » Joel Embiid

Et c’est peu de le dire ! Une grande carcasse qu’il ne semble pas tout le temps maîtriser, une fausse lenteur dans le geste mais avec une exécution tellement parfaite. Qui aurait été capable de contrer son fadeway sur un pied au poste bas ? Personne ! Surtout quand le bonhomme de 2,13m envoie un shoot qui frôle le toit du stade. Malgré l’impression de jouer avec deux balles dans chaque genou, Dirk Nowitzki fait partie de cette première génération de poste 4 fuyant. Un intérieur qui a toujours aimé s’éloigner du cercle et même shooter à 3 points. Qu’importe son dribble suspect qui ne colle plus aux exigences de la NBA moderne (on y reviendra), l’Allemand reste de ceux qui ont la capacité de sortir les gros shoots quand il le faut. La marque des grands. Son seul point faible, la défense. Souvent jugé un peu trop laxiste, pas assez physique et mobile pour défendre sur son vis à vis, Nowitzki est un peu le bonhomme gonflable sur le bord des routes, agitant les bras et le corps au bon gré du vent. À vrai dire, Dirk s’en moque et pour être honnête, nous aussi. Tu es tout pardonné.

L’immense geste de Doc Rivers, le coach des L.A Clippers, rendant hommage à Dirk Nowitzki :

Avec 1516 matchs au compteur, Dirk Nowitzki est le plus grand scoreur des Mavericks depuis 2008, dépassant Wilt Chamberlain au tableau des meilleurs marqueurs de l’histoire de la NBA. En attendant la décision officielle et une future intronisation au Hall of Fame**, Dallas ne perd pas seulement un grand joueur, c’est son âme entière qui s’en va. Même avec l’arrivée de Kristaps Porzingis et l’éclosion de Luka Doncic. Alors préparez les mouchoirs, le 11 avril prochain, il est possible qu’on ne voit plus la belle chevelure de l’Allemand fouetter les parquets. Pour tout, danke schon.


UPDATE : La vidéo d’adieu de Dirk Nowitzki


Le petit +

Son palmarès avec Dallas :

  • Champion NBA 2011
  • MVP des NBA finals 2011
  • MVP de la saison 2006-07
  • 14 fois all-star

Avec l’équipe nationale d’Allemagne :

  • MVP des championnats du monde à Indianapolis en 2002 : 3ème et 24 points de moyenne
  • Médaillé d’argent aux championnats d’Europe 2005 et MVP
  • 3 fois meilleur marqueur des championnats d’Europe 2001 (28,7), 2005 (23,6) et 2007 (24)

*Lock-out : Période sans match où les propriétaires et le syndicat des joueurs n’ont pas réussi à se mettre d’accord, conduisant à une grève des joueurs
**Hall of Fame : Panthéon de la NBA, honorant et intronisant différents acteurs remarquables de la ligue

Mathieu Berujeau

 

 

 

 

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