Peux-te présenter à notre communauté ?

Je m’appelle Emilie Renard, j’ai 24 ans. J’ai une licence de psychologie clinique obtenue à Montpellier et je rentre en Master 1 STAPS : Sciences et Techniques de la Préparation Psychologique et du Coaching (PsyCoach). Je suis également en formation de Sophrologie du sportif, mon objectif professionnel étant de devenir préparateur mental. Le sport et moi, c’est une longue histoire. J’ai eu l’occasion de pratiquer beaucoup de disciplines différentes, notamment en individuel (judo, escalade, badminton, vtt, tennis, randonnée, ski, cannyonning), et depuis peu, le rugby. Cette saison, j’occupais le poste d’éducatrice pour les U11 du club, et l’année prochaine, je coacherai les U13/U15.

Depuis combien de temps pratiques-tu le rugby et surtout, pourquoi avoir choisi ce sport ?

Depuis 3 saisons maintenant. J’ai commencé dans le cadre universitaire, au rugby à XV, qui se jouait… à 8, sur demi-terrain. Mes professeurs à la fac m’ont convaincu de passer le pas pour m’inscrire dans un club. C’est chose faite.

En 2018, Audrey Zitter, première femme de France à entrainer une équipe sportive senior masculine, avait déclaré : “Emilie Renard est une centre habile et rapide”. Cela te correspond-il toujours ?

À vrai dire, je n’ai que très peu joué centre ! Mais effectivement, c’est un poste qui me plait énormément. Dans mon club, j’occupe le rôle de meneuse (demi-d’ouverture au XV). Nous évoluons à 9 dans notre division, et j’ai pu joué cette saison avec Saint-Estève/XIII Catalan en élite 1 à 13 sur quelques matchs à ce poste-là. Je me suis aperçue que ce n’était pas ce qui me correspondait vraiment.

Je sais qu’Audrey Zitter me voit comme une centre, et c’est un poste que j’adore, puisque j’aime arriver tranchante. J’aime faire partie des combinaisons de jeu et m’y coller en défense ! Mais c’est vrai que cette saison, j’ai eu l’occasion de jouer quelques fois arrière. Ça me plaît également beaucoup. De par sa liberté et ses relances !  Après, je crois que le meilleur moyen de savoir si je suis encore une centre habile et rapide serait de lui poser la question, et elle serait plus que ravie de vous donner des informations sur notre sport !

Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Nous allons la contacter ! Du coup, pour en revenir à nos moutons. Pourquoi le rugby à XIII et non à XV ?

Le rugby à XIII s’est présenté à moi un peu par hasard. Étant donné que je ne connaissais absolument pas le monde du rugby, je ne comprenais pas leurs différences. Une fois la saison universitaire terminée, j’ai passé les détections du MHR (Montpellier Hérault Rugby) pour tenter de faire partie de leur équipe réserve. Cependant, je n’ai pas été prise notamment à cause de mon âge (23 ans à l’époque) et du manque d’expérience dans ce sport. Ils ne devaient pas voir en moi une marge de progression suffisante pour me compter parmi leur effectif.

Mon choix du XIII s’est donc fait de la manière la plus simple qu’il soit. J’ai cherché sur internet “Rugby Montpellier féminin”, et je suis tombée sur le site du Montpellier XIII, Les Diables Rouges. J’ai regardé les horaires d’entrainement (le mercredi matin, et le mercredi soir). Je suis allée au stade pour avoir les infos nécessaires à ma potentielle inscription. Le vendredi suivant, j’ai fait mon premier entrainement dans ce club. Montpellier m’a formé entièrement au XIII.

J’avais déjà touché le ballon mais la structure de jeu, les placements, les postes, le temps de jeu effectif, les tenus, etc ; tout est vraiment très différent du XV. L’intensité physique au XIII (notamment ses contacts plus haut et sa retraite défensive à 10m) m’a énormément plu. Je pense que c’est le sport le plus intense et éprouvant que j’ai pu faire, et ça… Ça me plait !

Peux-tu nous parler de ton équipe, ses membres, ses objectifs ?

Nous étions engagées la saison passée en Division Nationale (deuxième division du championnat français) que nous avons remporté le 2 juin dernier. Cette saison a été très éprouvante sur le plan mental notamment. Au final, c’est ce même mental forgé au gré de la saison qui nous a permis de remporter le bouclier. Chacune des filles a dû se remettre en question et laisser ses problèmes de côté pour cet objectif commun.

En ce qui concerne l’aspect physique et technique, les résultats de cette saison nous ont montré que nous avions la meilleure attaque et la meilleure défense de notre division. Nous sommes parvenus à mettre en place notre plan de jeu basé sur la vitesse d’exécution en attaque et sur une défense très rude à l’impact. Nos objectifs, pour la saison prochaine, sont de faire partie du haut du tableau de notre poule pour la première partie du championnat qui déterminera si on accède ou non à l’élite 1. C’est ce qu’il se fait de mieux en France actuellement. Si nous y arrivons, nous aimerions titiller les meilleures équipes en France (Toulouse, Saint-Estève, Lyon).

Et toi, quels sont tes objectifs personnels ?

Pour la saison prochaine, sportivement parlant, ce serait de faire partie du groupe France. Au mieux, sur la feuille de match pour rencontrer d’autres nations. Au moins, faire partie des stages afin de réellement progresser sur les points qui me font défaut. Ensuite, mes objectifs concernant l’équipe serait de pouvoir jouer à 13 et non à 9 (comme nous l’avons fait cette saison par manque d’effectif) et de pouvoir tourner sur différents postes afin de me perfectionner. Mais tout ça dépendra beaucoup de notre effectif.

Tu pratiques un sport peu médiatisé, à l’image masculine prononcée. As-tu déjà été victime de discrimination ? Si oui, peux-tu nous raconter ?

Je pense que la discrimination est présente constamment à petite dose (parfois plus) pour les femmes dans ce sport. Les femmes ont besoin de prouver beaucoup plus de choses dans le monde du sport que les hommes. Je ne dis pas que dans tous les sports les femmes doivent incessamment prouver leur valeur, puisque cela arrive aussi chez les hommes dans certains sports à une connotation plus féminine.

Personnellement, je pense qu’aucun être humain ne devrait avoir à prouver plus qu’un autre sa propre valeur, que ça soit dans le monde sportif, professionnel ou personnel. Certaines choses m’ont quelque peu affecté depuis que j’ai commencé le rugby.Il nous arrive de jouer avant les juniors hommes par exemple, en “ouverture”, et plusieurs fois j’ai eu l’occasion de faire remarquer que ce pourrait être à eux de faire notre ouverture ? Simplement par ordre de catégorie et d’âge, et non pas par genre.

Dernièrement, l’Equipe de France U17 se voit faire deux matchs en Angleterre contre leur sélection, mais l’Equipe de France Sénior Féminine s’est vu annuler son deuxième stage (weekend du 22/23 juin) par manque de moyens financiers… Très souvent ce sont d’autres excuses qui sont officialisées pour expliquer ces décisions. Je ne cherche pas à ce que les femmes soient plus mises en avant que les hommes sous prétexte qu’elles le méritent. Je ne suis pas particulièrement féministe, je crois juste en une forme d’égalité des sexes, qui ne passerait pas par l’exposition de l’un devant l’autre.

 Comment est perçu ta passion par ton entourage ?

Mes parents sont très fiers de me voir pratiquer le rugby. Ils sont là pour m’écouter et me soutenir pendant les gros coups de blues. Le rugby prend une grosse place dans ma vie personnelle et m’oblige à faire des concessions. Par contre, ils sont surement un peu inquiets quand je me fais découper par une fille disons un peu plus aguerrie que moi ! Et puis, j’ai la chance d’avoir un compagnon qui est également mon coach. Il vit dans le rugby depuis tout petit de par sa famille (qui est aussi un gros soutien pour nous puisqu’ils connaissent ce monde-là). C’est parfois compliqué de gérer les soucis qui se passent au rugby entre nous, mais il faut savoir couper et rester pro.

 Quelles sont, selon toi, les solutions pour faire changer les mentalités ?

Dans un premier temps, les hommes devraient venir voir les matchs des féminines. Ils seraient sans doute surpris et changeraient un peu leur vision des choses. Il suffit d’observer la Coupe du monde féminine de foot. Ensuite, il faudrait faire des entrainements communs ou des évènements mixtes. Ces derniers permettraient une meilleure vision globale des féminines et du sport. La mixité et la réunion ouvrent souvent des portes qui font peur parce que c’est nouveau, mais qui, je pense, amèneraient à de meilleures relations et des progrès. Que ce soit pour les femmes et les hommes.

Quel est ta définition du sport ?

Une activité physique encadrée par des règles qui engendre un dépassement de soi, de la persévérance, du respect, de la souffrance, et beaucoup de bonheur. Le sport a un dimension beaucoup plus spirituelle que métabolique ou physique. Il s’agit d’une réelle passerelle, qui au-delà de son aspect biologique, amène à se découvrir et à rencontrer son environnement et la vie en communauté (même dans un sport individuel).

Si tu avais un message à transmettre aux jeunes filles et aux femmes qui hésitent à se lancer dans le rugby ?

VENEZ ! Pas besoin de faire 70kg pour jouer au rugby. Pas besoin d’avoir déjà de l’expérience. Je fais 58kg, et certaines filles dans mon équipe en font peut-être 10 de moins, et ça ne nous empêche en rien d’arrêter des filles qui tâtent les 90kg… Peu importe le gabarit qu’elles ont, si on a la technique, on est capable de stopper n’importe qui. Au rugby, rien ne sert de foncer tête baissée, c’est un sport intellectuel (oui oui), et technique. En quelques entrainements et un peu de bonne volonté on peut faire des miracles. Alors n’hésitez plus… Et si vous voulez, on recrute toute la saison chez les Diables Rouges au Montpellier XIII !

Thomas Pain

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