La profession de footballeur fait rêver plus d’un enfant. L’idée de pouvoir vivre d’une passion dévorante est pour certains enfants le Graal ultime. À un âge où le rêve est encouragé, il en va pourtant du devoir des éducateurs sportifs de tempérer les ambitions des plus jeunes. Pour ne pas leur brûler les ailes mais, aussi, parce qu’ils ont conscience du chemin qu’ils ont à parcourir pour arriver au plus haut niveau. Ainsi, les fonctions de ces coachs ne s’arrêtent pas à former des jeunes joueurs sur le terrain.

C’est le cas d’Antoine, entraîneur des U11 d’un petit club dans le Nord de la France. Passionné et passionnant, ce jeune entraîneur de 27 ans a de l’énergie à revendre. Et une vision de son travail particulière.

Bonjour Antoine. Tu peux commencer par te présenter en quelques mots ?

Bonjour, alors je suis Antoine, j’ai 27 ans et j’entraîne les jeunes d’un petit club du Nord de la France. À côté de ça, je suis aussi professeur des écoles donc autant te dire que je connais quelques petits trucs sur les enfants. Je passe mes journées avec eux, et mes soirées aussi pour les entraînements parfois. Mais bon, entraîner, c’est vraiment quelque chose de tellement passionnant que ce n’est que du plaisir pour moi. Et j’adore travailler avec les enfants, donc j’allie 2 passions en quelque sorte.

Justement, parle-nous un peu de ton travail d’entraîneur. Comment est-ce que tu as débuté ?

Au fait, j’ai joué au foot en club de mes 12 ans à mes 17 ans si je ne dis pas de bêtises. Après le bac, j’ai suivi un cursus en STAPS pendant 3 ans. Le problème, c’est qu’en STAPS on a suffisamment de sport pour pouvoir se passer d’en faire à l’extérieur même si STAPS, ce n’est pas que ça, évidemment. J’ai donc arrêté de jouer en club très vite. Mais en même temps, depuis que je suis petit, je m’intéresse énormément aux aspects un peu tactiques du jeu. J’ai toujours plus été Football Manager que FIFA au fait. Et donc, j’ai demandé à mon club si c’était possible de passer mes diplômes d’entraîneur pendant que je suivais mon cursus à la fac. C’était une envie que j’avais, et j’avais peur qu’en attendant la fin de mes études, cette envie perde un peu en intensité.

Et concrètement, comment s’est passé l’obtention du diplôme ?

Déjà, il me fallait une licence de joueurs. Seuls les licenciés de la FFF peuvent passer la formation d’après ce que j’ai compris. J’ai donc « signé » pour 1 an supplémentaire dans mon club. Il fallait ensuite que je sache vers quelle catégorie d’âge je voulais me tourner. À ce moment-là de mon parcours, l’idée de travailler avec des enfants m’enchantait et je pensais déjà à devenir prof des écoles. J’ai donc choisi de passer le CFF1 (le certificat fédéral de football qui permet d’entraîner des U7, U9 et U11).

Et tu l’as eu rapidement ?

Pas vraiment. Ça prend quelques mois. Enfin, pour simplifier, le CFF1 repose sur 2 étapes : d’abord, il y a le cadre théorique. Cette partie se fait sur 4 jours et 32 heures, avec 16 heures consacrées à un module sur les U7 et U9 (donc, le foot à 5) et 16 autres heures qui portent sur les U11 (foot à 8). En gros, ces modules là portent sur la manière dont on doit accompagner les joueurs, les valeurs à véhiculer chez les plus jeunes et sur les entraînements à effectuer. Puis, on a une mise en situation. Et là, c’est plus long. Mais c’est logique tant le football est un sport qui s’appréhende sur le terrain.

Cette mise en situation. En quoi elle consistait ?

Pendant la mise en situation, on est en charge d’une équipe ou de l’entraînement pendant une année. Ça ressemble énormément à ce qui se fait pour les professeurs des écoles quand j’y pense. C’est comme un stage. Et à la fin, quand on se sent prêt, il y a une journée de certification avec mise en situation et oral à passer. Par chance, je l’ai obtenu du premier coup et quasiment au même moment que mon concours de professeur des écoles.

Et tu penses que ça t’as aidé ? D’avoir « l’expérience » d’enseignement ?

Oui, c’est clair. Quand on suit une formation de prof, on nous apprend des savoirs hyper théoriques mais en même temps, il y a beaucoup de stages qui permettent d’appréhender la réalité de terrain. On est au contact de jeunes qui ont le même âge que ceux que j’entraînais et que j’entraîne toujours donc forcément, on acquiert plus d’expérience, on comprend comment faire passer des idées, se faire écouter etc… beaucoup plus vite que si on passait simplement le diplôme d’entraîneur.

À t’écouter, on a l’impression que le travail d’un coach ne se résume pas à apprendre aux jeunes à jouer au football.

Parce que ce n’est pas le cas. Et ce n’est pas parce que je suis aussi prof que je dis ça. On parle d’enfants très jeunes qui, pour la plupart, rêvent de jouer comme leur idole. Mais il y a une différence entre ce dont ils ont besoin et ce dont ils ont envie. Il ne s’agit pas juste de former des joueurs de football, mais aussi et surtout de donner les outils pour leur permettre de s’épanouir en tant qu’individu. Ça passe par plein de petites choses bien spécifiques.

Tu as un exemple en tête ?

Par exemple, ceux qui n’arrivent pas à avoir de bons résultats scolaires ou, à minima, qui ne font aucun effort en classe, restent sur le banc un certain nombre de matchs. Je dissèque tous les bulletins scolaires. Bon, après ce sont des enfants, je fais toujours ça avec le sourire et dans la bonne humeur. Ils sont surtout là pour prendre du plaisir. Mais il est hors de question qu’ils misent tout sur le football à leur âge sans penser au reste. Ce n’est pas un bon équilibre pour eux.

Donc, tu dirais que tu as un rôle un peu lié au développement personnel ?

Un peu, oui. Au sens global du terme. Quand on demande aux enfants de ne pas contester les décisions arbitrales, de ne pas s’engueuler quand on rate une passe mais de se soutenir mutuellement ou de ne jamais hausser le ton pendant un match, certes ça se manifeste sur le terrain mais ça renvoie aussi à des valeurs humaines. Le respect, l’écoute, l’empathie… Et ce ne sont pas des choses naturelles pour les enfants. Il faut les aider à intégrer ça pour qu’au-delà du fait qu’ils doivent devenir de bons footballeurs, ils puissent devenir de bonnes personnes. C’est le plus important, le ballon, c’est un peu anecdotique comparé à ça.

Justement, comment tu perçois la manière dont doit être appréhendé le football par les enfants ?

Évidemment, pour des jeunes de cet âge, le football doit d’abord être un jeu dans lequel ils prennent du plaisir. Ils doivent s’amuser, sinon ils perdent leur temps. Et de mon côté, je fais également tout ce que je peux pour qu’ils prennent du plaisir.

C’est-à-dire ?

Je vais adapter mes séances d’entraînement par exemple. J’entraîne les U11 et en général, ce sont des enfants qui commencent à appréhender le football comme pouvant se pratiquer au plus haut niveau. Ils regardent les Messi, Ronaldo, Neymar etc… et ils veulent faire pareil. Du coup, ils ne comprennent pas trop l’intérêt de faire autre chose que de jouer avec un ballon et de marquer des buts. Du coup, j’essaie toujours pendant les entraînements d’impliquer le ballon, d’une manière ou d’une autre. Au moins, ils aiment profondément ce qu’ils font. Mais derrière, je dois quand même leur apprendre quelques petits trucs parce qu’à cet âge, hormis le fait que le football se joue en faisant des passes et en marquant des buts, ils ne connaissent pas grand-chose sur un sport en réalité très complexe. Là, mon rôle va être de les orienter en fonction de leurs capacités, de leur apprendre les bases du placement etc…

Et comment on effectue un travail « tactique » auprès de jeunes enfants inexpérimentés ?

Étrangement, c’est, je pense, la chose la plus simple à réaliser. Parce que c’est comme écrire sur une page entièrement blanche, il n’y a pas besoin de corriger certaines choses. Mes collègues dans les catégories supérieures ont plus de mal. Parce que leurs joueurs pensent bien faire et du coup, même en leur expliquant 50 fois les choses, ils ont du mal à éliminer tous les petits restes de leurs présupposés sur la manière de se positionner, le jeu sans ballon etc… Mais avec les enfants, tout ce qui est dit est nouveau. Une fois que tu trouves le bon angle pour les intéresser, voire les fasciner, tu as gagné. Mon métier de prof m’aide beaucoup pour capter l’attention d’ailleurs. Et puis, il faut dire que le travail tactique est très basique, donc ça aide.

Tu te contentes d’enseigner les bases ?

Oui, parce que comme tu l’as dit, ils sont inexpérimentés. Or, il y a des aspects du jeu que tu ne peux appréhender que par la répétition des efforts et des erreurs sur un terrain. Ça viendra plus tard. Et puis, je ne veux pas polluer leur spontanéité avec des préceptes tactiques qu’ils risquent d’appliquer à la lettre. La joie dans le football, c’est aussi la liberté et je veux qu’ils comprennent ça. En gros, je vais leur apprendre les rudiments d’un schéma tactique, leur donner leurs positions et leurs rôles sur le terrain de manière élémentaire pour qu’ils puissent parfaitement intégrer l’idée. Par exemple, quand je veux qu’un joueur qui est plutôt offensif participe au jeu, je vais lui dire qu’il doit jouer comme Messi. Parce que je sais qu’il regarde beaucoup le Barça, il va comprendre instantanément ce que je veux dire si j’arrive en plus à l’imager correctement. Et de toute manière, ce sont des matchs à 8 contre 8 sur petit terrain. Donc forcément, la répartition sur le terrain est différente de celle qu’il y a dans les catégories supérieures. Donc les bases, c’est vraiment le minimum pour éviter que tous les joueurs se retrouvent dans la même zone du terrain. Le reste, ils l’apprendront plus tard s’ils continuent, voire en professionnel.

J’aimerais bien savoir quelle vision tu donnes du football aux plus jeunes ? Comment est-ce qu’ils doivent jouer selon toi, quel est l’objectif fixé pour chaque match etc…

Personnellement, que le match soit important ou pas, j’estime que si les joueurs se sont amusés, j’ai réussi mon pari. Ensuite, comme je te l’ai dit, ce sont surtout des valeurs humaines que j’essaie de leur transmettre. On n’a pas affaire à des professionnels accomplis ici, il faut les former de façon à ce que même s’ils arrêtent le football, ce qu’ils ont appris leur soit utile. Par exemple, le jeu collectif. Je ne sais pas trop d’où ça me vient, mais je veux toujours faire en sorte que tous les joueurs touchent le plus souvent possible le ballon dans les pieds et qu’ils se le transmettent entre eux. C’est le b.a.ba, mais pas chez les plus jeunes qui préfèrent dribbler, faire des différences individuelles etc… Mon plus grand défi, c’est de le faire comprendre que dans le football comme dans la vie, on n’arrive jamais à rien seul, qu’on a besoin des autres et que si on traite ceux qui nous entoure avec respect, ils nous aideront à progresser et à réaliser nos objectifs. C’est tout bête, mais je pense que tous les entraîneurs préfèrent 1000 fois un but qui vient conclure une action collective à laquelle tous les joueurs ont participé plutôt qu’une chevauchée d’un joueur qui a dribblé toute l’équipe adverse pour marquer.

Pourtant, il faut malgré tout des dribbleurs capables de faire la différence, non ?

Ça dépend. Au fait, j’essaie d’expliquer aux joueurs que tous les dribbles ne se valent pas. Il faut leur faire comprendre qu’il doit avoir une utilité pour être efficace. Certains jeunes font des passements de jambe, mais reviennent en arrière. Ça n’a aucun sens. En revanche, un contrôle orienté pour se défaire d’un marquage et porter le ballon, ça ils peuvent le faire sans soucis. Mais c’est mon rôle de leur faire comprendre ce qui relève du superficiel et ce qui est efficace. Ça, et créer une alchimie de groupe pour qu’ils soient tentés de faire des passes à leurs coéquipiers.

Et par quoi passe cette « alchimie » ?

On en revient à ce que je disais : le hors-football. Il y a des joueurs dont les 2 parents travaillent. Il m’arrive donc les jours de match d’aller les chercher 1 par 1 pour les accompagner au stade. Et ça donne des moments mémorables, ça crée quelque chose d’inimitable et qui sert le jeu. Idem, j’essaie de temps à autres de prendre les gamins au restaurant. Ça leur permet de penser à autre chose qu’au terrain. Mais en même temps, les instants partagés à rire, à se chambrer gentiment et à se connaitre font que non seulement ils sont heureux de vivre le moment et de construire des amitiés qui durent même en dehors du stade, mais en plus quand ils sont sur le terrain, tout le monde veut se battre pour tout le monde. Il y a un bon esprit qui émerge et là, c’est juste la définition du football pour moi. Et ce qui est valable pour des U11 est aussi valable pour les meilleures équipes de l’Histoire… Le Barça de Guardiola se réunissait plusieurs fois dans le mois pour manger tous ensemble et se détendre, les Hollandais du Milan de Sacchi étaient très proches etc… Comme quoi…

Pour terminer, est-ce que tu pourrais me dire selon toi quel est le rôle d’un coach pour enfants selon toi ?

C’est d’abord d’être conscient pour le bien de tous que tous les enfants ne passeront pas pros. Il ne sert donc à rien de les former comme si ça allait être le cas. Les enfants sont en pleine phase de construction et il faut donc à la fois les former comme footballeurs, mais aussi en tant que futurs citoyens. Leur inculquer des valeurs humaines qui les suivront toute leurs vies. Et les aider à comprendre que le football est d’abord et avant tout un jeu. Ils doivent s’amuser en jouant au ballon avec leurs camarades et que ça doit être leur seule préoccupation. On leur donne les bases humaines et sportives pour se construire de la même façon qu’un prof leur fournit des savoirs. Et surtout, on espère du fond du cœur qu’on sera à la hauteur de leurs rêves et qu’on leur donnera les moyens de devenir les personnes qu’ils ont envie de devenir.

 

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