L’histoire de la carrière de Jacques Anquetil semble provenir d’un autre temps. Pas ou peu de vidéos, des images en noir et blanc, des écarts parfois colossaux. Le cyclisme des années 50-60 n’a plus grand chose à voir avec celui d’aujourd’hui. Pour autant, les performances de l’époque nous ramènent aux origines du vélo. Là où les défaillances étaient nombreuses au regard des conditions et kilométrages parfois dantesques.

Coup d’essai, coup de maître

Durant cette période, le nom d’Anquetil ressort du lot. S’il n’a jamais soulevé les foules, le coureur originaire de Mont-Saint-Aignan aura marqué l’histoire de son sport. Évoluant dans la même période de l’histoire que Louison Bobet, Raymond Poulidor ou Federico Bahamontes, Jacques Anquetil a su s’appuyer sur ses formidables talents de rouleur pour se forger un palmarès formidable. Professionnel depuis 1952, il se révèle véritablement en 1956 après avoir battu le record de l’heure, jusqu’alors détenu par Fausto Coppi. Et le Français ne tarde pas à confirmer. Sous fond de conflit pour le leadership de l’équipe de France avec Louison Bobet, triple vainqueur du Tour de France et finalement forfait, Anquetil fait mouche dès sa première participation. En remportant 4 étapes, il s’adjuge son premier Tour de France avec plus de 15 minutes d’avance sur son dauphin, Marcel Janssens.

Une image écornée par les rivalités

Suite à cette première victoire sur un grand tour à 23 ans, Jacques Anquetil va connaître trois années moins prolifiques. En opposition assumée avec Bobet, il ne parvient pas à confirmer. Il faut alors attendre 1961, et un statut de leader unique de l’équipe de France, pour voir “Maître Jacques” renaître de ses cendres. Leader unique et vainqueur de cette édition ennuyeuse et cadenassée, il ne reçoit pourtant pas le soutien du public qu’il espérait. De nouveau lauréat du Tour de France l’année suivante, édition où les équipes nationales ont disparu, il rejoint alors Louison Bobet au palmarès. Mais il voit Raymond Poulidor, de deux ans son cadet, pointer le bout de son nez et s’octroyer les faveurs de la foule. Il faut alors attendre 1963 pour que Jacques Anquetil retrouve le soutien du public. Jusqu’alors catalogué comme un excellent rouleur, endurant, il se révèle enfin dans la montagne en s’adjugeant deux étapes à fort dénivelé. L’histoire est en marche.

Anquetil, le pragmatisme au service de l’histoire

Le Tour de France 1964 vient marquer le chef d’oeuvre de sa carrière. Au coude à coude avec Raymond Poulidor tout au long de la course, Jacques Anquetil fait preuve d’une endurance et d’une ténacité à toute épreuve. Le duel entre les deux hommes prend des airs de légendes sur les pentes du Puy-de Dôme. Durant l’ascension, les deux hommes, séparés de 56 secondes au classement général, ne se quittent pas. Dans ce mano à mano épique, c’est finalement Poulidor qui déclenche les hostilités sous la flamme rouge. Réussissant à décramponner Anquetil, il ne peut finalement reprendre que 42 secondes au maillot jaune dans cette 20ème étape. Insuffisant pour empêcher le vaillant Anquetil de décrocher son 5ème Tour de France. Un record! Suite à ce nouveau succès, Jacques Anquetil décide de prendre une année sabbatique.

Il refait néanmoins parler de lui en 1965 en réussissant une performance physique ahurissante. Vainqueur du Dauphiné-Libéré, et après un trajet dans un avion mis à disposition par le Général de Gaulle, il se lance à l’assaut des 600 kilomètres de Bordeaux-Paris moins de huit heures plus tard. Épuisé et éreinté, il parvient pourtant à aller victorieusement au bout de cette course disputée en deux temps (une première partie de nuit puis une deuxième derrière un derny, véhicule motorisé). Le dernier exploit d’une carrière menée de main de maître.

Si son caractère n’aura pas laissé un souvenir impérissable dans les mémoires des suiveurs de l’époque, son pragmatisme et son palmarès forcent le respect. Premier coureur à réaliser le quintuplé sur le Tour de France, il a également été le premier à remporter les trois grands tours (deux Giro et une Vuelta). Le coureur Français, qui a avoué avoir eu recours au dopage dans sa carrière, s’est éteint le 18 novembre 1987 des suites d’un cancer de l’estomac. Il avait 53 ans.

Nicolas Inizan

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