Touchée mais pas coulée ? Pour son premier match de la Copa America 2019, l’Argentine s’est inclinée 2 buts à 0 face à une courageuse Colombie. D’entrée en difficulté, l’Albiceleste conserve toutefois ses chances de sa qualifier pour la phase suivante. Souffrants de manière récurrente lors des compétitions internationales, les hommes de Scaloni sont dans la tourmente depuis plusieurs années. Alors, une victoire à l’issue de cette Copa est-elle possible ?

Une Argentine malade et moribonde

Peu de nations du calibre de l’Argentine ont connu une telle chute. Bien sûr, bon nombre de nations historiques ont, au cours de leur Histoire, connu une période de vache maigre. Dans l’Histoire récente, ce fût le cas de grandes équipes… L’Italie, l’Angleterre ou encore les Pays-bas qui retrouvent à peine une partie de leur superbe. Pourtant, l’Argentine paraît être un cas à part. Car, au-delà de l’absence de résultats, c’est tout un système qui est en cause.

La dernière coupe du monde a d’ailleurs laissé de nombreux séquelles à un pays qui voulait en découdre. L’élimination 4 buts à 3 face à la France en 1/8èmes de finale n’a souffert d’aucune contestation. Pire encore, l’absence criante de volonté et d’organisation donnait parfois l’impression de voir des joueurs jouant ensemble pour la première fois. Sans même se connaître. Mal récurrent, cette léthargie profonde au niveau du jeu allait à l’encontre de l’essence même du football argentin.

Surtout, l’impression d’un débat qui dure depuis toujours engendre des frustrations. Comme si l’Argentine était incapable de tirer des leçons du passé. Comme si elle était condamné à n’être plus qu’une parodie d’elle-même. Depuis la Copa America 2007 perdue 3-0 en finale face au Brésil, l’Argentine n’a cessé de chuter dans un trou qu’elle a elle-même creusé. Mais contrairement aux nations en perdition citées plus haut, c’est ici tout le football argentin qui est la cause de ce mal persistant. De la fédération aux joueurs de l’Albi, les fautes furent nombreuses. Et tout autant scandaleuses.

Des problèmes sur tout les points

Aujourd’hui, la formation argentine est quasi-inexistante, la fédération n’arrivant pas à s’organiser de manière cohérente sur ce point, comme ont pu le faire l’Espagne, l’Allemagne ou la France plus récemment par exemple. Le problème étant que si le talent individuel des joueurs offensifs suffit parfois à leur faire réaliser une bonne carrière en Europe, le talent défensif des Argentins est proche du néant au plus haut niveau. Bien sûr, comme la plupart des équipes sud-américaines, l’Argentine a toujours été une nation aux talents plus offensifs que défensifs. Et c’est encore le cas aujourd’hui.

Toutefois, même dans ce cas, elle possédait des joueurs qui avaient fait leurs gammes au pays avant d’exploser en Europe en tant que défenseurs. On peut citer Javier Zanetti, Nicolas Burdisso, Walter Samuel, qui ont fait les beaux jours de l’Inter champion d’Europe en 2010. Comment ne pas évoquer également des joueurs comme Ayala, l’un des meilleurs défenseurs de sa génération. Ou encore, un cran plus haut en milieu défensif, le somptueux Redondo ?

Depuis le départ de Zanetti, l’Albiceleste manque cruellement d’un leader défensif

Pourtant, aujourd’hui, l’Argentine est bien incapable de sortir ne serait-ce qu’un seul joueur défensif de ce niveau. Dans le 11 actuel, on peut éventuellement sortir du lot un joueur comme Tagliafico. Mais celui-ci demeure une exception, pour la simple et bonne raison qu’il a réellement explosé à l’Ajax. Alors même qu’il n’était jusqu’alors qu’un joueur médiocre à l’Independiente.

Cette pénurie de défenseurs, et même de milieux de terrain « purs » (i.e des milieux qui n’ont pas été replacés là par défaut comme ce fut le cas pour Di Maria par exemple) fait ainsi de l’Argentine une équipe à ce point friable que 2 petits tirs ont suffi à la Colombie, pourtant privée de son meilleur buteur (Luis Muriel) pour marquer 2 buts lors du premier match de cette Copa. Et lorsque l’on sait qu’au football, un match se construit à partir des défenseurs, puis se gagne au milieu de terrain, il paraît clair que l’Argentine est bien loin des autres grandes nations du football aujourd’hui.

Une fédération plus basse que terre

Mais tout n’est pas à mettre sur le dos des joueurs. La faillite de l’Argentine est avant tout la faillite d’un système. Cette situation résulte d’abord d’une incapacité chronique à assurer la succession des générations dorées et ce, depuis des décennies. L’absence de ligne directive en matière de formation, mais également la gestion catastrophique de la fédération sont le point de départ de cet échec.

Comment, par exemple, ne pas évoquer l’amateurisme lancinant de l’AFA dans de nombreux domaines ? Depuis la mort de Julio Grondona, à la tête de la Fédération pendant trente-cinq ans, la « Asociación del Fútbol Argentino » se cherche. Le défunt savait, d’expérience, régler n’importe quel problème. Mais aujourd’hui, la fédération semble tenue par de mauvais comptables plus que par des hommes de football. Comptables, car les intérêts économiques de la fédération passent avant tout. La cession de l’organisation des matchs amicaux de l’Argentine à l’entreprise Torneos démontre ce point. Mauvais, ensuite, car même avec eux, l’AFA a réussi à contracté plus de 30 millions d’euros de dettes en 2016, situation inédite.

Cette situation avait d’ailleurs empêché l’AFA de payer aux membres du staff argentin près de 6 mois de salaire. Tata Martino, sélectionneur en 2016, avait même démissionné pour ces raisons-là. C’est Lionel Messi lui-même qui avait réglé ce problème en rémunérant les employés de la fédération pour ces mois de non-perçus.

Des motifs d’espoir

Pourtant, au milieu de ce marasme général, des motifs d’espoir continuent d’exister pour cette Copa America. Évidemment, les problèmes de l’Argentine ne se résoudront pas en un claquement de doigts. Il faudra sans doute des années avant que l’Albiceleste redevienne l’équipe qu’elle eut été à son apogée. Mais seuls 5 matchs les séparent de la victoire finale cet été. Et le match face à la Colombie, bien que perdu, a été surprenant de bien des manières.

En effet, même si l’Argentine a perdu, l’Argentine a essayé. C’est sans doute l’un des premiers enseignements à tirer de cette confrontation. Loin d’être apathiques, les Argentins ont eu le mérite de se démener lors de certaines phases de jeu. Davantage de joueurs se sont impliqués et ont fourni des efforts face à un James Rodriguez pourtant en très grande forme. Les passes furent plus précises qu’à l’accoutumée, la volonté d’imposer un rythme également. Même si les Argentins ont de nombreux progrès à faire dans ces domaines, on est tout de même loin de l’Argentine du dernier mondial.

Derrière, la qualité de relance d’Otamendi a parfois fait du bien, même si les longs ballons vers Aguero étaient parfois de trop. Surtout, l’Argentine peut compter sur un changement drastique : le milieu de terrain.

Notamment, la présence de Lo Celso pourrait s’avérer déterminante dans cette Copa America. Ses débuts timides face à la Colombie ne doivent pas faire oublier ses prestations tout au long de la saison. Surtout, malgré ceux-ci, Lo Celso a été très juste techniquement. Capable de remonter le ballon mais aussi de le tenir, il a grandement contribué à la mise sur le pied du ballon des hommes de Scaloni. Nul doute qu’il montra en puissance. Et cela ne peut que faire le bonheur de l’Argentine.

Giovanni Lo Celso sera la clé de la compétition pour l’Argentine

Puis, au-delà de son rôle propre, la présence de Lo Celso dans le 11 a également un autre avantage non-négligeable. Comme nous l’avons évoqué, l’Argentine ces dernières années n’a été rien d’autre qu’un alignement de talents offensifs. Dans ce contexte, le seul joueur capable à la fois de gérer le rythme, de créer et de terminer les actions était Lionel Messi. Problème : tout Messi qu’il est, il ne peut pas indéfiniment assurer le travail de 4 ou 5 joueurs différents à lui seul.

La présence de Lo Celso contribue donc à le soulager d’une partie de son travail de créateur. Bien sûr, le Barcelonais continue de descendre assez bas pour construire le jeu. Mais il n’a plus à le faire sur la totalité du match. Et cela se voit puisque depuis l’apparition régulière de Lo Celso, Messi est davantage proche du but. Le match face à la Colombie ne fait pas exception. Et c’est tant mieux. Car l’Argentine aura besoin d’un Messi à son meilleur pour espérer accrocher cette Copa America.

La défaite subie face à la Colombie maintient l’Argentine dans le doute. Toujours friables, les Argentins sont loin d’être rassurants et continuent d’être rongés par un mal qui les dépasse. Pourtant, les motifs d’espoir existent pour cette Copa America. Le match face à la Colombie, bien que léger, fût infiniment meilleur que ce à quoi l’Argentine nous avait habitué ces dernières années. Surtout, en comptant Lionel Messi dans ses rangs, l’Argentine peut potentiellement battre n’importe qui si elle sait l’entourer. Cela tombe bien, car il faudra au moins un Lionel Messi stratosphérique pour lui permettre de soulever un trophée qui lui manque tant.

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