Vendredi 19 Juillet s’est achevée la 32ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations. La 1ère ayant eu lieu en été. Sur le sol égyptien, c’est l’Algérie qui est parvenu en finale à vaincre le Sénégal 1 but à 0. Les Fennecs ont ainsi remporté la 2nde CAN de leur Histoire, après 29 années de disette. Mais outre la victoire algérienne, il faut souligner que cette Coupe d’Afrique a été l’objet de péripéties haletantes. Et d’un niveau de jeu à la hauteur de l’engouement suscité par la compétition.

Une compétition de haut niveau

Au début de la compétition, l’Algérie et le Sénégal faisaient partis des favoris à la victoire finale. À son issue, on peut affirmer que les deux équipes ont tenu leur statut. Le Sénégal d’Aliou Cissé a réussi à réunir une somme d’individualités impressionnantes pour les mettre au service du collectif. Même Sadio Mané, au sortir d’une saison pléthorique avec Liverpool, a su parfois mettre ses qualités naturelles de côté. Le tout pour pallier aux difficultés de ses coéquipiers lorsque le besoin s’en faisait ressentir. En d’autres termes, il a montré une nouvelle facette de son jeu lors de cette CAN. Moins percutant, moins provocateur balle au pied. Mais plus combatif (même s’il l’est, dans une moindre mesure, à Liverpool) et organisateur.

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Sadio Mané n’a pas réussi à amener son équipe à la victoire finale

Hormis le Sénégal, la plupart des favoris ont également répondu présent. C’est le cas par exemple du Nigeria et même de la Cote d’Ivoire. Alors qu’on leur prédisait un tournoi difficile, les coéquipiers de Max-Alain Gradel n’ont pas démérité. Il aura fallu une Algérie en feu (et chanceuse) pour sortir les Éléphants aux tirs au but. Quant au Nigeria, leur 3ème place consacre la bonne période que connaissent les hommes de Gernot Rohr.

Les Super Eagles nous ont même livré l’une des plus belles rencontres de la compétition face au Cameroun (victoire 3 buts à 2). Preuve d’un football spectaculaire, le meilleur buteur de la compétition n’est ni Sénégalais, ni Algérien. Mais Nigérian, en la personne d’Odion Ighalo (5 buts). Surtout, poussé par des jeunes pousses comme Iwobi ou Iheanacho, le Nigeria a tout pour continuer de progresser. Et retrouver sa lueur d’antan. Citons également la Tunisie, 4ème du tournoi et éliminée des demi-finales au terme d’une rencontre folle de rebondissements face au Sénégal.

Toutefois, deux déceptions demeurent, auxquelles nous pourrions ajouter un 3ème cas. Le Cameroun, d’abord. En reconstruction sous les ordres de Clarence Seedorf, il paraissait évident que les Camerounais ne pouvaient prétendre à la victoire finale. Toutefois, les voir tomber dès les 1/8èmes de finale étonna, statut de tenant du titre oblige. Mais ce sont surtout le Maroc et l’Égypte qui ont déçu.

En effet, la sortie prématurée du Maroc face au Bénin en 1/8èmes de finale (1-1, 1-4 t.a.b) a interloqué. On pensait pourtant les Lions de l’Atlas enfin taillés pour la compétition. Les 3 victoires en phases de poule laissaient d’ailleurs présager de belles choses. Mais un jeu parfois poussif, ainsi qu’un manque de sang-froid a conduit à un échec cuisant. Hakim Ziyech n’a jamais su imposer la patte qui fut la sienne tout au long de la saison avec l’Ajax. Et le Maroc n’a pas su amener ses individualités à collaborer contrairement au Sénégal par exemple. Toutefois, l’échec le plus retentissant demeure celui de l’Égypte, pays hôte. Et septuple vainqueur de la compétition.

À aucun moment, les coéquipiers de Mohammed Salah n’ont semblé capables de tirer leur épingle du jeu. Apathiques, moribonds et sans âme, les Égyptiens ont été bien en-deçà de ce dont ils étaient historiquement capables à la CAN. Ainsi, l’élimination face à l’Afrique du Sud n’a souffert d’aucune contestation.

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À la différence de son comparse sénégalais, Mohammed Salah a été invisible lors de cette CAN

Mais au contraire, certaines équipes ont agréablement surpris. Madagascar est surement le plus fidèle représentant de ces « petites nations ». Parvenant jusqu’en ¼ de finale en ayant battu le Nigeria et le Congo (et finissant 1er de son groupe), l’Ile-Continent a rappelé l’une des règles fondamentales du football : les équipes possédant les joueurs les plus puissants, les plus fins ou les plus intelligents ne sont pas toujours celles qui gagnent à la fin. L’abnégation, la pugnacité ainsi que le sens du sacrifice et du collectif des Malgaches leur a permis de réussir un parcours héroïque.

Toutes ces équipes n’ont, pour la plupart, pas démérité. Elles auraient même pu, avec un brin de réussite supplémentaire, soulever la Coupe tant la compétition fut serrée et imprévisible. Toutefois, c’est finalement l’équipe qui aura montré le plus de choses, la plus régulière qui est parvenue à s’imposer. Sans l’ombre d’une contestation possible.

L’Algérie, logiquement

Meilleure attaque de la compétition, co-meilleure défense avec le Sénégal, l’Algérie a été la meilleure équipe du tournoi. Et mérite donc amplement ce titre. Plus encore, avec 2 victoires face au Sénégal, grandissime favori, les Fennecs ont démontré qu’ils avaient su concrétiser tout le potentiel de joueurs parfois inconstants.

Car malgré les Coupe du Monde 2010 et 2014, l’Algérie a montré des décennies d’irrégularité. Incapables d’être performants sur la durée, subissant des valses d’entraîneurs symptomatiques du football africain et en proie à un manque cruel d’identité footballistique, les Verts auraient pu, comme lors des dizaines de compétitions précédentes, laisser traîner derrière eux de l’amertume et des regrets.

Pourtant, lors de cette CAN, tout s’est goupillé de façon idéale. Comme un alignement des planètes, tout le monde s’est mis au diapason. Le mélange entre joueurs locaux et joueurs confirmés en Europe a donné un cocktail détonnant. L’Algérie avait le talent pour faire le jeu. Et elle a su prendre ses responsabilités, dominant la plupart des rencontres. Et sachant faire preuve d’un sang-froid qu’on ne lui connaissait pas.

Surtout, chacun des joueurs a su gommer ses défauts… Bennacer est irrégulier ? Il a été élu, à juste titre, meilleur joueur du tournoi. Mahrez se cachait ? Il a su prendre ses responsabilités de capitaine et a permis aux siens d’arracher la victoire suite à un coup-franc génial à la dernière minute de la demi-finale face au Nigeria. Atal a été à la hauteur de sa saison jusqu’à sa blessure. Feghouli confirme sa seconde jeunesse entrevue à Galatasaray. Quant à Belaili, il a montré sur le tard, à 27 ans, que les promesses jadis entrevues lors de son passage, plus jeune, à l’Esperence Tunis, étaient bien fondées.

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Ismael Bennacer a été élu meilleur joueur du tournoi

Ce dernier a su faire preuve d’une force de caractère dantesque tant sa carrière fut parsemée d’épisodes qui auraient pu le faire sombrer (contrôlé positif à un contrôle anti-dopage en 2015, un entourage douteux etc…). Mais il a prouvé qu’il était l’un des tous meilleurs joueurs du football africain et qu’il avait un comportement exemplaire depuis des années.

Puis, au-delà du potentiel individuel – l’un des plus élevé de la compétition -, tous ces joueurs ont su se mettre au service du collectif. Chacun dans un rôle spécifique, les joueurs ont démontré l’existence d’une mécanique bien huilée et d’excellente facture. Il n’était par exemple pas rare de voir Mahrez revenir défendre lorsque Atal prenait son couloir. De la même façon, comment ne pas citer l’abattage colossal de Guedioura qui, s’il n’a pas la finesse de Bennacer, est un homme de l’ombre qui a su remplir sa tâche à la perfection. Et même lorsque les titulaires ne parvenaient à trouver la faille, ce sont Ounas ou Zeffane qui parvenaient à panser les brèches.

L’équipe d’Algérie a su jouer avec ses armes et a assumé la responsabilité du jeu. Souvent plus entreprenante que son adversaire, plus active à la récupération du ballon et plus incisive dans la percussion, la sélection algérienne a tenu son rang. Et plus encore. Même lors des périodes complexes, les Algériens ont su provoquer et bénéficier de la réussite des grandes équipes… La séance de tirs au but remportée face à la Côte d’Ivoire, le coup-franc de Mahrez à la dernière seconde face au Nigeria ou le but presque gag de Bounedjah en finale…

Mais ces faits de jeu – obligatoirement présents dans toute compétition internationale – ne sont que venus réparer une certaine forme d’injustice dans le contenu des matchs, récompensant l’abnégation et l’état d’esprit algérien. Une victoire logique, donc.

Une victoire, aussi, qui porte le sceau de deux hommes.

Les facteurs X : Bounedjah et Belmadi

Oui, Baghdad Bounedjah n’est pas le plus talentueux des joueurs de cette équipes. En tant qu’attaquant, il a dû se contenter de 2 petits buts. Dont 1 miraculeux face au Sénégal. Bien maigre pour un 9 titulaire. Et pourtant… Bounedjah a probablement été le joueur le plus important de l’Algérie lors de cette CAN. Oui, devant les Mahrez, Feghouli et Bennacer.

Qu’elle est lointaine, l’époque où l’on demandait à un attaquant de simplement marquer. Aujourd’hui, le rôle d’un numéro 9 a varié. Il doit participer au jeu, presser, se mouvoir correctement et parfois même défendre (oui, défendre et presser sont deux choses très différentes). Et dans cette polyvalence, Bounedjah est sans doute le meilleur attaquant de la compétition. Par ses incessants déplacements, son abnégation à toute épreuve et son sens du sacrifice, l’Algérien a comblé toutes les lacunes existantes au sein de l’escouade algérienne.

Là où Belaili et Mahrez devaient combler les quelques failles entrevues sur les côtés, Bounedjah devait parfois jouer à gauche, à droite et au centre pour pallier leurs absences légitimes tout en empêchant les bonnes relances des défenseurs adverses. Et il l’a admirablement fait. Son but en finale en est la parfaite illustration. Entouré de 4 joueurs sénégalais, il était le seul à croire qu’il pouvait marquer. Et il y est parvenu. Ainsi, à l’heure où les artistes, les tricoteurs, les buteurs sanguinaires ou les défenseurs élégants sont encensés, souligner la juste valeur de Bounedjah paraît être légitime. Car sans lui, nul doute que l’Algérie n’aurait sans doute pas connu ce parcours.

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Bounedjah est l’élément indispensable du 11 algérien

Mais l’homme fort de cette sélection désormais double vainqueur de la CAN, c’est Djamel Belmadi. Le sélectionneur de 43 ans a été décrié dès sa prise en poste. En cause, l’opacité établie vis-à-vis de tout ce qui entourait la sélection. Dès son arrivée, l’ancien de Valenciennes a interdit toute présence lors des entraînements de la sélection, des médias aux politiques. Il n’en fallait pas plus pour que la presse, souvent assassine à l’égard des entraîneurs locaux, ne remette en question le choix de la fédération. Pourtant, force est de constater que la méthode de Belmadi a porté ses fruits. Cette fermeture était destinée à apporter à son groupe une sérénité que la sélection ne connaissait pas, tant la pression médiatique à l’approche des grandes compétitions est dense en Algérie.

Belmadi, c’est aussi une grande relation entretenue avec ses joueurs. Son objectif était de les protéger. Et la relation qu’il a tissée avec ses joueurs a été l’un des moteurs de la compétition. Toujours écouté et respecté par ses joueurs, dictant à la fois la conduite et la tactique de l’équipe, Belmadi a été le capitaine d’un navire où tout le monde a tiré dans le même sens.

Et en terme tactique, Djamel Belmadi a été plus que malin. Rompant avec la tradition de joueurs binationaux automatiquement intégrés, il a su créer un mix entre joueurs locaux et joueurs européens, préférant ainsi Belaili à Brahimi, pourtant cadre de l’équipe depuis des années. Surtout, il a su mettre en avant les qualités humaines de ses joueurs, dans un dispositif qui leur seyait. Le passage en 4-2-3-1, avec un relayeur-récupérateur et un interior en la présence de Bennacer a fait des merveilles. À côté de cela, la position de 9 et demi d’un Feghouli en électron libre, combinée à la vivacité de Mahrez et Belaili a permis à Bounedjah de se déplacer comme il le voulait sur le front de l’attaque algérienne.

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Porté en triomphe par ses joueurs, Djamel Belmadi a réalisé un travail titanesque pour permettre à l’Algérie de remporter la 2nde CAN de son Histoire

Ainsi, que ce soit en tant que meneur d’hommes ou de tacticien, Belmadi a démontré qu’il était le meilleur entraîneur de cette CAN 2019. Menant avec brio son navire tout en protégeant ses troupes d’intrusions extérieures, il a su créer en Algérie une dynamique qui avait disparu depuis longtemps. En d’autres termes, il a, en un laps de temps record, redonné une âme à cette équipe. Le tout en partant de presque rien. Pour la première fois depuis des décennies, les joueurs algériens ont pu intégrer la compétition sans avoir subi quelconque pression. Autre que celle de leur entraîneur en tout cas. Surtout, celui-ci s’est montré à la hauteur de son ambition. À l’aube de cette CAN, il affirmait que « l’Algérie jouait le titre ». Mission accomplie. Et même plus que cela.

Cette CAN 2019 a tenu toutes ses promesses. Le niveau de jeu du football africain global continue sa progression et la compétition a démontré le potentiel de certains joueurs. En outre, la victoire de l’Algérie, sacre avant tout collectif, ne souffrait d’aucune contestation tant la sélection menée par Djamel Belmadi a su gérer la pression d’un tel événement. Dans le contexte politique actuel qui sévit en Algérie, ce succès est probablement une bouffée d’oxygène dont ce pays, en quête de trophée depuis 1990, avait cruellement besoin.

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