À l’aube d’un déplacement périlleux à Sanchez-Pizjuan face à Séville (Dimanche, 21h), le Real est en proie au doute. La déculottée subie face à Paris en Ligue des Champions (0-3) est venue confirmer la période sombre que traversent les Madrilènes. Pourtant, avec 2 victoires et 2 nuls en Liga, les résultats des hommes de Zidane sont loin d’être proportionnelles aux craintes suscitées sur le pré. Alors, de quel mal souffre le Real Madrid ?

Des cadres à bout de souffle

Bien sûr, la défaite face au PSG a de nombreuses causes explicatives. Notamment, les blessures de Ramos, Modric ou encore Isco sont venus apporter du plomb dans l’aile à l’animation madrilène. Mais même sans elles, le Real a perdu de sa superbe. Ce qui était, déjà, la saison dernière d’une faiblesse abyssale pour un club de ce standing s’est confirmé cette saison. Depuis son ballon d’or, Luka Modric n’est plus que l’ombre de lui-même. Toni Kroos est à la peine dans tous les compartiments du jeu et on commence à voir, enfin, les failles défensives que le jeu porté vers l’avant de Marcelo laisse entrevoir.

Oui, le Real n’a jamais su préparer l’après Ronaldo, pensant que ses cadres suffisaient à compenser le départ du Portugais pour la Juventus en 2018. Ce constat aurait pu être en partie vrai si ces derniers avaient su maintenir leur niveau individuel. Ce qui, pour la majorité d’entre eux, n’a pas été le cas.

Pourtant, cette saison devait être celle du renouveau. Celle qui devait permettre de penser que le précédent exercice n’était rien d’autre qu’une saison de transition. Et effectivement, les arrivées d’Hazard ou de Jovic allaient dans ce sens. Le Belge a réussi l’une de ses meilleures saisons sous le maillot blues l’an dernier. Quant à Jovic, ses performances tonitruantes avec Francfort l’an passé devaient permettre au Real Madrid de disposer de deux grands attaquants centraux avec Benzema. Oui mais voilà, ni Hazard, ni Jovic ne sont arrivés en pleine possession de leurs moyens du côté de la capitale espagnole. Comme on l’a vu face à Paris, Eden Hazard manque de repères d’un point de vue physique et technique. Difficile, dès lors, de montrer toute l’étendue de son talent.

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Arrivé à court de forme, Hazard devrait monter en puissance tout au long de la saison

Toutefois, le cas Hazard est particulier. Personne ne doute de sa capacité à réussir du côté du Real Madrid tant le talent du Belge est immense. Mais il lui faudra du temps pour atteindre sa pleine capacité physique, sans doute dû, il est vrai, à son manque de sérieux durant la pause estivale. Malgré cela, se pose la question du milieu de terrain. Avec des Modric et Kroos qui sont bien loin de leur meilleur niveau depuis 1 an, difficile de créer du jeu côté madrilène. Et cette absence de maitrise est sans doute ce qui a amené le Real Madrid à la situation actuelle.

Une identité de jeu friable

La plupart des observateurs identifient le début de la fin du Real Madrid à partir des départs de Ronaldo et Zidane en 2018. Pourtant, en réalité, une grande partie du marasme que vivent les madrilènes aujourd’hui est la conséquence d’actions bien plus anciennes.

Comme souvent aujourd’hui, les chiffres masquent l’essentiel. Les 3 victoires d’affilées glanées en C1, record absolu et notable, sont venus masquées les errances immenses qui existaient déjà. Bien sûr, il ne s’agit absolument pas de nier le caractère exceptionnel de ce qu’a accompli le Real Madrid lors de ces 3 saisons. Avec le niveau extrême d’exigence qu’implique la C1, être capable de la remporter 3 fois consécutives est un exploit immuable. Pourtant, le problème tient au fait que ces victoires ont constitué le seul critère de réussite du Real. Aveuglés par ces historiques succès, les observateurs n’ont pas cherché à creuser la situation du Real Madrid. À tort.

Car au cours de ces 3 saisons, bien des choses auraient pu être dites au niveau du jeu proposé par le club madrilène. En dehors de la Ligue des Champions, qui cristallise les passions, le Real Madrid s’est montré friable, parfois débordé. Comme en Liga où l’on ne compte plus les sauvetages in-extremis par des joueurs comme Ronaldo, Modric ou Marcelo. Dans des rencontres où le club madrilène était submergé.

Quant à la C1, que l’on a décrite comme étant le fruit du travail d’un Zidane hissé au rang de génie tactique, il faut rappeler qu’à chaque fois lors de ces 3 éditions, le Real a souffert plus que de raisons. Que ce soit face au Bayern ou à l’Atletico, le Real aurait pu passer à la trappe. Parce que collectivement, il ne tenait pas la route face à ces équipes, qu’on le veuille ou non. En revanche, le Real Madrid de cette époque a su surmonter ces tempêtes par la présence d’une force de caractère incommensurable. Et du talent individuel immense de ses joueurs.

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Face au Bayern d’Ancelotti, le Real Madrid aurait pu passer à la trappe de nombreuses fois

Parfois, avec de la réussite. Comme lors de cette rencontre fantastique face au Bayern et où le Real parviendra finalement à s’imposer grâce à deux buts, hors-jeu, en prolongations et alors qu’il avait totalement perdu le fil. Ou comme lors de cette demi-finale, toujours face au Bayern, en 2018, où seul un immense Karim Benzema avait permis au Real d’arracher un nul loin d’être évident à la vue de la physionomie du match. Citons également cette finale en 2016 au cours de laquelle Ramos avait inscrit un but hors-jeu une nouvelle fois. Ou encore celle de 2018 face à Liverpool où c’est le pestiféré Gareth Bale qui permit au Real Madrid de l’emporter grâce à un doublé, avec 2 erreurs monstrueuses de Karius dans les buts de Liverpool.

Tous ces éléments de réussite absolue, combinée à la force de caractère et au talent individuel immense des Merengue ont réussi à faire oublier l’essentiel : le Real Madrid n’avait pas la moindre once de fond de jeu. Et d’identité. Se contentant de mettre une pression monstrueuse sur les défenses adverses et de laisser à Modric, Marcelo et Benzema la création d’un jeu stéréotypé, le Real s’est appuyé trop souvent sur ses joueurs. Plutôt que sur son sens du collectif. Comme si tous ces éléments, aussi immenses étaient-ils, n’étaient simplement pas compatibles, Benzema exclu.

Ce Real Madrid était trop fort pour ses opposants. Mais simplement parce que ses joueurs, individuellement, ont connu leurs sommets respectifs au même moment. Au bon moment. Mais on le sait, la période dorée d’un joueur, aussi grand soit-il, n’est pas éternelle, hormis pour Messi et Ronaldo. Dans ce cadre, il était écrit que le niveau individuel des joueurs s’estomperait. Et qu’avec lui disparaitrait l’arbre qui cachait le désert du jeu madrilène.

Bale et James : les pestiférés devenus motifs d’espoir

Pourtant, tout ça ne signifie pas que la saison du Real Madrid est d’ores et déjà fichue. Au contraire. Comme dit précédemment, les arrivées d’Hazard ou Jovic mettront du temps à être bénéfiques. Mais elles finiront par l’être. Nécessairement. Au poste d’ailier gauche, hormis Ronaldo et Neymar, il n’y a pas mieux que le Belge pour enflammer Santiago Bernabeu. Benzema, sauveur du Real le week-end dernier, est dans une forme olympique. Et le retour de Ramos en défense centrale devrait apporter un peu plus de sérénité à un Raphael Varane démuni de repères sans l’Espagnol à ses côtés.

Mais, surtout, cette saison pourrait bien permettre à deux renégats de retrouver leurs lettres de noblesse. En effet, Gareth Bale et James Rodriguez pourraient bien profiter de ce chaos pour se faire une place de choix dans l’effectif madrilène.

Le Colombien, de retour du Bayern Munich, a montré en Allemagne qu’il avait encore du talent à revendre. Dans un poste de meneur de jeu, il pourrait bien faire des merveilles. Surtout, le domaine dans lequel souffrent les Madrilènes est celui dans lequel l’ancien de l’AS Monaco peut briller : à la création du jeu.

Dans un 4-2-3-1, nul doute que James pourrait s’épanouir en tant que numéro 10 s’il parvient à faire davantage d’efforts sur le pré. Ce qu’il a commencé à faire du côté du Bayern mais dans un domaine où il doit encore progresser. Sa capacité à résister au pressing adverse et à déclencher rapidement le danger peut être intéressante s’il apprend à s’habituer aux déplacements de Benzema devant lui et s’il fournit des efforts dans le 1er pressing. Mais il faudrait pour cela enlever Modric ou Kroos du 11 de départ. Compte tenu de leur niveau actuel, possible. Mais compte tenu de leur aura à laquelle Zidane semble attaché, il faudra que James saisisse la moindre opportunité de se montrer pour changer le statu quo.

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Gareth Bale sera l’une des clés de la saison du Real Madrid

À ses côtés, Gareth Bale pourrait aussi tirer son épingle du jeu. Et être le sauveur paradoxal du Real. Annoncé en partance pour la Chine lors du mercato estival, le Gallois est finalement resté du côté du Real Madrid. Celui qui ne s’est jamais réellement intégré au vestiaire madrilène pourrait bien être celui qui apportera la lumière. Car son explosivité, son expérience et son sens du but peuvent faire merveille aux côtés de Benzema et de Hazard. Surtout, le Gallois est en forme. Lors de la déroute subie face au PSG cette semaine, Bale fut le seul madrilène à surnager. Et à essayer. Une bonne volonté bien loin du « je m’en foutisme » dont il est accusé depuis des années.

Impliqué et très propre, Bale a réussi à lui seul à apporter le danger au sein d’une animation offensive inexistante. De quoi donner une chance au Gallois de redorer son blason. En tout cas, le salut du Real dès cette saison passera inévitablement par la patte gauche de Gareth Bale.

Les problèmes du Real Madrid sont nombreux. Le casse-tête auquel est soumis Zidane parait presque insoluble tant c’est le cas. Pourtant, tout est loin d’être perdu pour le Real Madrid. Avec des joueurs en forme (Benzema) et un ADN de vainqueur, nul doute que les Blancos ne devraient pas être enterrés si facilement. Surtout, une partie de la solution existe déjà au sein de l’escouade madrilène. Zidane dispose des joueurs pouvant changer la donne (Bale, James, Isco) et d’autres qui vont, avec le temps, retrouver leur pic de forme (Hazard). Reste à savoir si le Real sera capable de définitivement fermer le chapitre doré qu’ont écrit certains de ses joueurs. Et de se tourner vers l’avenir. Pour conserver son rang d’institution footballistique par excellence.

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