Photo: Nicolas Inizan

Si vous n’êtes pas un adepte des réseaux sociaux, alors le touchtennis n’est pas une discipline qui vous est familière. Peu médiatisé en France, le touchtennis fait pourtant fureur en Angleterre où de plus en plus de personnes se mettent à l’essayer, et à l’adopter. Pour autant, ce nouveau sport, créé dans son jardin par Rashid Ahmad, a réussi à séduire plusieurs personnes dans l’Hexagone malgré l’absence de terrains spécifiques. Pour en connaître davantage sur le touchtennis, partons à la rencontre d’Emeric Démottié, pionnier du touchtennis en France avec son ami Rachid Elyajdaïni, actuel numéro 1 français.

Bonjour Emeric, pouvez-vous nous parler de votre parcours sportif ?

Je m’appelle Emeric DÉMOTTIÉ, j’ai 42 ans et suis kinésithérapeute. Joueur de tennis depuis tout petit, je me suis récemment reconverti en joueur de touchtennis. J’ai pratiqué le foot pendant quinze ans et le rugby pendant trois ans. Je possède une licence de tennis depuis que j’ai sept ou huit ans mais j’ai fait l’impasse cette année en passant au touchtennis. Je me suis rompu le ligament croisé antérieur du genou gauche au ski il y a treize ans. Je n’ai jamais été opéré, mais cela ne m’a pas empêché d’obtenir mon meilleur classement tennistique, 15/2, il y a 3 ans.

Malheureusement mon travail me prend énormément de temps, m’empêchant de m’entraîner correctement. Donc depuis ce meilleur classement, mon niveau de jeu tennistique s’est considérablement amoindri. Je ne prenais presque plus aucun plaisir sur un terrain de tennis. Jusqu’à ne plus avoir envie.

Comment avez-vous connu le touchtennis, pourtant peu médiatisé en France ?

Par hasard, j’ai découvert sur Facebook des vidéos de ce sport il y a sept ou huit mois. J’ai regardé tout d’abord cela d’un œil amusé, puis beaucoup plus intéressé quand j’ai vu la qualité des échanges et du jeu proposé. J’ai regardé ensuite beaucoup de vidéos sur YouTube. J’ai appris à connaître les joueurs, Simon Roberts, Adam Hassan, Matt Goledge, tous anglais. J’ai trouvé le site officiel et découvert le créateur du jeu, Rashid Ahmad, ainsi que les règles. Un mini terrain, des raquettes de 21 pouces, des balles en mousse, pas de let, un seul service, règle du no-ad, des sets de 4 jeux… J’ai trouvé cela fantastique.

À quelle fréquence jouez-vous ?

Avant de jouer, il me fallait un court et il m’était impossible de demander à mon club de tennis de tracer un court de touchtennis sur leurs courts qui servent à la compétition.
Comme je jouais chaque dimanche soir au Foot 5 avec des copains au Factory 5, dans ma ville de Soissons, je suis allé proposer aux gérants de l’entreprise de tracer un court de touchtennis sur un de leurs quatre courts de badminton, qui ont sensiblement les mêmes dimensions, juste pour un essai.

Ils ont accepté. J’ai donc acheté tout le matériel nécessaire: filet, raquettes de 21 pouces, balles en mousse, et du scotch très résistant pour tracer les lignes. Tout cela aidé par mon ami de toujours, Rachid Elyajdaïni. Et dorénavant, nous avons un terrain permanent de touchtennis que chacun peut louer pour venir jouer. Je joue avec Rachid une à deux fois par semaine, le mercredi et/ou le samedi. Et notre but est de faire essayer le sport à quiconque veut pratiquer, et ainsi le faire connaître au plus grand nombre.

Quelles différences voyez-vous dans le jeu entre le touchtennis et le tennis ?

Elles se situent tout d’abord au niveau de la dimension du court et du matériel. Le court est bien plus petit (12 mètres sur 5 en simple), le filet plus bas, les raquettes sont des raquettes d’enfants, et la balle en mousse va 75% moins vite qu’une balle de tennis traditionnelle. Comme le court est petit, la balle lente, on n’est jamais complètement débordé au touchtennis et il y a toujours possibilité de remettre la balle en jeu. Ce sport convient beaucoup plus aux débutants que le tennis traditionnel qui nécessite des heures et des heures d’entraînement pour être dompté. Là, tout est plus simple, moins technique.

Le court étant petit, la balle revient aussi beaucoup plus souvent, ce qui donne des matchs beaucoup plus nerveux, rapides et on est vite essoufflé. Tactiquement, c’est vraiment différent aussi puisque vous n’avez pas le droit à l’erreur au service. Faut-il assurer le service ? Faut-il risquer de frapper fort son unique service? De même, il n’y a plus d’avantage une fois arrivé à 40/40 dans le jeu. Le prochain qui marque le point gagne le jeu. Le service, s’il est let, doit être joué et les sets sont de quatre jeux uniquement. Cela va très vite et les erreurs tactiques ou techniques se paient très rapidement. Par contre, le matériel procure un avantage énorme par rapport au tennis puisque les raquettes sont légères, les balles n’ont aucun poids et donc les articulations ne sont jamais en souffrance.”

Emeric Démottié (G) Photo: Nicolas Inizan

Comment voyez-vous l’évolution de votre carrière dans le touchtennis?

“J’ai 42 ans, ma carrière me semble donc être derrière moi. Ce que je sais, c’est que je n’avais plus envie de jouer au tennis. Et le touchtennis m’a redonné le sourire et l’envie de pratiquer un sport de raquette. Sans doute également parce que c’est mon projet et que personne ne connaissait dans ma ville. Ma carrière sert donc uniquement à faire connaître le sport à travers les photos et les récits sur ma page Facebook dédiée. J’essaie de développer ce sport qui, j’en suis sûr, possède un énorme potentiel et un capital sympathie fabuleux. Tous ceux qui ont essayé ont « kiffé » !

Je suis, après l’Open de Belgique, 2ème français. Et mon ami Rachid est 1er français. Mais nous en rigolons car il n’y a que quatre joueurs français à avoir joué au moins un match officiel de touchtennis ! Je me rends compte que toutes les photos et descriptions du tournoi en Belgique sur ma page Facebook ont donné envie à pas mal de joueurs de venir essayer cette discipline. Et pour certains de se lancer dans l’aventure avec nous. Voilà pourquoi je vais continuer tant que je peux à faire des tournois officiels. Mais le classement, on s’en fiche un peu.

Je suis surtout fier d’être un des pionniers. D’ailleurs deux tournois français, les premiers jamais organisés en France, sont prévus le 24 juin à Malestroit (56) et le 1er juillet à Evreux (27). Dans ma démarche de développement, il est donc logique de m’inscrire à ces tournois pour les faire vivre. Mon but est bien sûr aussi d’organiser un jour à Soissons notre propre tournoi. Et d’y faire venir les meilleurs joueurs anglais. Mais il faut aller à la recherche de sponsors. Suivront-ils? Et il faut de la place pour disposer de plusieurs courts. J’y réfléchis.

Pensez-vous que le touchtennis puisse se développer en France et de quelle manière ?

Je ne sais pas s’il va réussir à se développer en France mais je fais tout pour! C’est un excellent sport loisir, aussi bien praticable par des débutants que par des experts. Mais son développement passe surtout par la compétition. Il faut la multiplication de tournois en France pour le faire connaître. Cela doit être la vitrine du sport. Quand on voit le niveau pratiqué par les joueurs anglais, ça donne envie. Ça va vite, c’est fun.

Il faut de bons joueurs français pour que le touchtennis se développe. Meilleurs que nous.
En Angleterre, ce sport existe depuis 2002. Il a mis un certain temps avant d’être connu et maintenant il y a des joueurs professionnels sponsorisés par des grandes marques. À nous de prendre le même chemin. J’espère que les clubs de tennis et les sponsors vont suivre le mouvement. Mais cela s’avère compliqué de tracer un terrain permanent sur les courts de compétition…

J’ai dans l’espoir que les villes tracent des terrains sur leurs aires de jeu. Cela ne nécessite que très peu d’investissement finalement. C’est d’ailleurs ce que voulais Rashid Ahmad, un sport de raquette peu onéreux. J’ai contacté ma mairie, j’ai contacté les associations multi-sportives. J’attends des réponses. Plus il y aura de possibilités de multiplier les terrains de touchtennis, plus il y aura de pratiquants. Ensuite, étant donné que le touchtennis appartient à son inventeur, que tout est géré sur son site (classement mondial, tournois, vente de matériel), comment pourrait réagir la Fédération Française de Tennis face à cela? Je ne sais pas. Autrement dit: est-ce que ce sport peut se développer en France sans une fédération derrière lui? “

Bien moins connu que le tennis, le touchtennis favorise l’intelligence de jeu plutôt que la force et les échanges y sont plus longs. Les matchs en deux sets gagnants de quatre jeux, à l’exception des Grands Chelems, permettent que les tournois se déroulent sur une seule journée. Rendez-vous donc fin juin et début juillet pour les deux premiers tournois français de l’histoire. Qu’on se le dise, le touchtennis pourrait bien être le nouveau sport à la mode d’ici quelques années…

Nicolas Inizan


Le petit +

Le touchtennis devient officiellement un sport ! 

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