Retour vers le futur. Si les derniers Ballons d’Or avaient été l’apanage de Messi et Ronaldo, cette édition 2018 pourrait marquer un tournant. Car contrairement aux années précédentes, il ne s’agit plus d’évaluer dans l’absolu le meilleur joueur de la planète. Comme c’était le cas depuis l’intronisation du FIFA ballon d’or en 2010. Mais bien de revenir à la formule précédente, à savoir l’élection du joueur qui a réalisé la meilleure saison lors de l’année civile en cours.

De Bruyne, Marcelo, Mbappé, Hazard, Messi… Tous ces joueurs ont, d’une manière ou d’une autre, éclaboussé au moins une grande compétition de leur talent immense. De Bruyne est incontestablement le meilleur joueur de Premier League de la saison dernière. Hazard a réalisé une Coupe du monde absolument fantastique. Messi a dominé la Liga de la tête et des épqules. Et Marcelo a éclaboussé la dernière C1 de toute sa classe. Pourtant, aucun d’eux, (à l’exception peut-être d’Mbappé) ne peut aujourd’hui prétendre au sacre ultime. Car devant eux, 5 joueurs remplissent davantage les 4 grands critères du Ballon d’Or. 4 critères inhérents à l’élection paradoxale du meilleur joueur dans un sport collectif. À savoir les performances individuelles et collectives (incluant le palmarès), la classe du joueur, la carrière de manière générale et la personnalité.

Salah, l’outsider

À une année près et à un match près, il n’y aurait pas débat. Le football se joue à bien peu de choses. Et Mohammed Salah doit l’avoir compris. L’égyptien, auteur d’une saison stratosphérique en BPL (32 buts inscrits, et une sensation de facilité déconcertante), a surtout réussi à faire de l’Europe l’un de ses terrains de jeu favori. Artisan majeur de la performance des Reds en C1 (11 buts inscrits, record pour un joueur de Liverpool), Salah a laissé une forte impression. Parce que c’est lors des grands matchs que tout se joue, Salah a montré que son talent ne se limitait pas à le Premier League. À tel point qu’après la demi-finale aller de C1 face à la Roma (remportée 5-2), bon nombre d’observateurs faisaient de Salah le grand favori du prochain Ballon d’Or.

Effectivement, si l’on évoque les performances individuelles, Salah a été en club le meilleur. Incontestablement. Problème, Liverpool a perdu la finale de Ligue des Champions face au Real (1-3). Et Salah est sorti sur blessure sans avoir pu faire quoi que ce soit. Ajoutons à cela qu’il ne s’agit que de la 1ère saison véritablement aboutie pour l’Egyptien, ce qui va à l’encontre d’un autre des critères de cette édition du Ballon d’Or.

Individuellement, Salah en a fait assez pour finir dans le Top 5. Mais une année de Coupe du Monde, le trophée Jules Rimet étant ce qu’il est, la performance de l’Egypte, éliminée dès les phases de poule malgré 2 buts de l’Egyptien, constitue un frein logique à son élection. Ajoutez cela à la finale de C1 perdu et vous obtenez un Salah qui aura du mal à prétendre à mieux. Pour cette année tout du moins. Car nul doute que Liverpool devrait monter en puissance lors des prochaines saisons.

Ronaldo ? Oui… mais non

Alors bien sûr, si l’un des obstacles majeurs que rencontre Salah dans la course à l’élection du meilleur joueur de la dernière saison est la défaite en finale C1, celle-ci sert les joueurs vainqueurs. Et parmi eux, l’inévitable Cristiano Ronaldo. Aux abonnés absents de Septembre à Février, Ronaldo s’est réveillé lors des échéances importantes. Ça tombe bien, c’est justement à partir de cette date que la course au Ballon d’Or commence. Marquant les esprits au Juventus Stadium avec un doublé, dont un retourné qui a fait le tour du monde, le Portugais a beaucoup de choses pour lui.

Il est sans doute inutile de rappeler qu’il est, avec Messi, le joueur qui remplit le mieux le critère mettant en avant la carrière du joueur. Ainsi que celui sur le rayonnement. Et comme si cela ne suffisait pas, il a remporté en Juin dernier sa 5ème Ligue des Champions, ce qui fait la différence par rapport à son éternel rival Argentin pour cette saison en terme de palmarès (même si Messi a remporté une Liga et une Coupe du Roi, la C1 est la compétition reine). Toutes ces raisons font qu’il est logique de placer Ronaldo dans le top 5 des meilleurs joueurs de la saison, voire éventuellement dans le top 3.

Sauf qu’en réalité, il est difficile de l’imaginer sur la plus haute marche du podium cette saison. D’abord parce qu’il semble y avoir un ras-le-bol général quant à la mainmise de l’Argentin et du Portugais sur le trophée individuel le plus prisé. 10 ans d’une domination sans partage, cela fait long et cette année semble être celle de la fin de cette razzia. Mais au-delà de cette volonté, quand on se penche sur la saison de Cristiano, on constate des trous. Beaucoup. En Liga d’abord, où le Real Madrid a été décroché de la course au titre dès Décembre. Mais aussi en Ligue des Champions.

Même si le Portugais a statistiquement été très bon (15 buts inscrits),ses buts ne sont qu’un trompe-l’œil. C’est le cas depuis des années, mais cette saison a été la scène évidente de cela. À chaque fois que le Real a été en difficulté, Ronaldo était invisible. La demi-finale face au Bayern en est la preuve. Car sans un Benzema étincelant, la Casa Blanca serait passée à la trappe. Idem lors du match retour face à la Juventus, où seul un penalty à la dernière seconde est venu sauver une performance cataclysmique. Et que dire de la finale face à Liverpool ? Ajoutons à cela le début de saison en dent de scie de Ronaldo et nous obtenons une année qui, hormis 3 matchs (la double confrontation face au PSG et le match aller face à la Juve), n’a pas été au niveau des précédentes.

Quant à la sélection, le bilan de Ronaldo est partagé. Oui, il a inscrit un triplé exceptionnel face à la Roja en poules. Mais ensuite, pas grand chose. Et une année de Coupe du Monde, cela est rédhibitoire. Pour gagner le Ballon d’Or, il faut aller loin en Coupe du Monde (les éditions 2010 et 2014 sont des exceptions puisqu’il ne s’agissait pas du même Ballon d’Or). Ce qu’on su faire les 3 grands favoris au sacre ultime.

Griezmann et Varane en pôle ?

Coupe du Monde oblige, des français devaient être bien placés. Mais pourquoi mettre en avant Griezmann et Varane ? Parce qu’ils ont fait une saison sublime en sélection ET en club. Antoine Griezmann a remporté la Ligue Europa et le Mondial lorsque Raphael Varane a réalisé un doublé C1-Mondial. On ne peut mieux en terme de palmarès. Il ne faut pas non plus oublier que Varane est le joueur qui a permis la qualification face à l’Uruguay.

Quant à Griezmann, si la performance réalisé en Coupe du Monde n’est pas comparable avec celle exceptionnelle de l’Euro 2016, il ne faut pas oublier qu’il joue désormais dans un autre rôle : celui de métronome. En 9 et demi, tournant autour de Giroud et privilégiant la liaison entre le milieu et l’attaque, Griezmann a été très bon à défaut d’être étincelant. Mais il est aussi le joueur qui a inscrit un doublé en finale de Ligue Europa face à l’OM. Décisif, donc.

En terme de palmarès, il n’y a donc pas photo. Au niveau des performances individuelles non plus d’ailleurs. Ce sont là les deux joueurs les mieux titrés de la saison dernière. Léger avantage, toutefois, à un Varane qui a remporté la Ligue des Champions en plus du Mondial. Mais Griezmann part toutefois avec un petit avantage. D’abord, parce que le Madrilène est un attaquant qui marque. Et pour le Ballon d’Or, cela a son importance puisque historiquement, seuls 6 défenseurs ont été récompensés, contre 39 attaquants.

Au-delà de ça, Griezmann est déjà passé juste à côté du Ballon d’Or en 2016. Il pourrait donc être perçu comme plus légitime pour le trophée, même si on pourrait en discuter. L’aura de Griezmann est un peu plus lumineuse que celle de Varane aujourd’hui. Mais la meilleure place française se jouera entre ces deux joueurs. Et sans aucun doute, l’un d’eux sera dans le top 3.

Bien sûr, aujourd’hui le nom qui revient le plus dans les médias est celui d’Mbappé. Mais il me paraît difficile de le place devant les deux Madrilènes. En dépit de son excellente Coupe du Monde, il ne faut pas oublier que Mbappé est jeune, très jeune. Il n’a qu’une saison et demi au plus haut niveau et sa carrière ne fait que commencer. Pas génial quand on sait qu’un des critères à l’obtention de ce Ballon d’Or est justement la carrière du joueur. Au même âge, ni Ronaldo ni Messi n’avaient remporté de Ballon d’Or. Pourtant, et n’en déplaisent aux fervents défenseurs du Parisien, CR7 et la Pulga avaient déjà réalisé bien plus de choses en club tout du moins.

Surtout, Mbappé n’a, cette saison, pas été loin en C1. Pire, alors que tout le monde l’attendait du fait de l’absence de Neymar, il a été assez médiocre lors du 1/8ème de finale retour face à Madrid. Là où Griezmann et Varane ont performé en Europe.

Modric en favori ?

Si la course au Ballon d’Or devrait être serré, un joueur a pour le moment une légère avance : Luka Modric. Si la Croatie avait remporté le Mondial, il n’y aurait bien sûr aucun débat possible. Car Modric a réalisé une année exceptionnelle. En terme de niveau de jeu, il n’est plus exactement le Modric injouable de 2014. Mais le Croate est l’acteur majeur de la conquête de la Ligue des Champions à Madrid. Oui, Ronaldo est le meilleur buteur de la C1. C’est vrai que Benzema qualifie le Real pour la finale. Et que c’est l’entrée de Gareth Bale qui fait basculer celle-ci face à Liverpool. Mais ce n’est pas parce qu’il ne marque pas que Modric a été moins bon que ses coéquipiers. Au contraire.

Véritable moteur de la Casa Blanca, Modric a été, avec De Bruyne, le meilleur milieu de la saison dernière. Sacré performance. Pourvoyeur incroyable d’occasion, casseur de lignes et facile balle au pied, Modric rappelle un peu le Iniesta de 2009-2010 dans la gestuelle et dans le profil. Sans lui, le jeu est plus lent, moins précis. Exceptionnel métronome, Modric sait aussi se montrer décisif. Comme lors de cette rencontre face à l’Argentine où, après 2 feintes de frappes, il trouve d’une frappe limpide le soupirail de Caballero.

Oui, Modric est un artiste. Mais un artiste qui a su porter une équipe comme la Croatie en finale d’un Mondial. Soyons clairs, la Croatie était programmée pour passer les phases de poule. Parce qu’au-delà de Modric, il y a Rakitic, Mandzukic, Vrsajlko, Lovren. Mais de là à aller jusqu’en finale ? Imprévisible. Et Modric est le principal artisan de cette seconde place. Équipe la plus séduisante des phases de poule, la Croatie a ensuite eu la vie dure. L’occasion pour elle de montrer qu’elle n’était pas qu’une équipe attirante, mais aussi une guerrière valeureuse. À l’image de son numéro 10.

Alors, si en terme de palmarès Modric est juste derrière un Varane par exemple, il a toutefois réalisé de meilleurs performances que le français – pourtant très bon – au cours de cette saison. Il a aussi un profil un peu plus « bankable » aux yeux du Ballon d’Or que son coéquipier à Madrid. Par rapport à Ronaldo, il a une longueur d’avance grâce à sa finale de Mondial. En ce qui concerne le critère lié à la carrière du joueur, Modric est au top niveau depuis plus de 5 ans à présent. Il fait preuve d’une régularité époustouflante au sein d’un club qui a remporté 4 des 5 dernières C1.

Lorsque l’on parle de classe sur le terrain, ne pas évoquer Modric serait une hérésie tant il représente de la plus belle des façons le football. Enfin, en terme d’image, Modric garde malgré les récentes polémiques d’ordre politique une très bonne aura dans le monde du football. Mais il sait aussi faire preuve de caractère sur le terrain lorsque son équipe a besoin de lui, comme le montrent ses très nombreux buts sur le fil à Madrid. De là à en faire un favori crédible au Ballon d’Or ? Il n’y a qu’un pas.

Luka Modric est sans doute le joueur qui remplit le mieux les 4 critères décisifs quant à l’obtention du Ballon d’Or. Mais le règlement du Ballon d’Or étant assimilable aux conditions générales de vente d’Apple, il y a peu de chances pour que l’intégralité des votants lise celui-ci. Et c’est tant mieux. Parce que le football est un sport de sensations, d’émotions ressenties. Quel a été le joueur le plus vibrant et décisif cette année ?

Bien sûr, Griezmann et, dans une moindre mesure, Varane ont leurs chances. Mais Modric l’a tout autant. Parce qu’il est le football, qu’il a réalisé une saison dantesque et qu’il est le meilleur joueur de son club et de sa sélection. Dans ce tiraillement, nul doute que les 4 derniers mois de l’année joueront un grand rôle dans les votes. À l’instar de la fin d’année 2013 qui avait permis à Ronaldo de marquer les esprits en qualifiant le Portugal pour le Mondial. Et de rafler le Ballon d’Or sur le fil. Oui, le sprint final dans la course au Ballon d’Or ne fait que commencer.

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