Cher N’Golo Kanté,

Je ne peux commencer cette lettre qu’en vous félicitant, toi et tes coéquipiers, pour cette magnifique victoire en Coupe du Monde. Vous avez su faire vibrer et pleurer de joie tout un pays et chaque français vous en sera à jamais reconnaissant. Comme en 1998, la France est au sommet du football mondial et vous tire son chapeau.

Ensuite, et j’espère que cela ne va pas trop te gêner, je vais parler de toi. Pas de Mbappé, Griezmann ou Pogba, eux aussi auteurs d’un grand Mondial, mais de toi. Car pour moi tu as été le grand bonhomme de l’Equipe de France lors cette Coupe du Monde. Brillant, discret et humble, ce sont les qualités qui font de toi un footballeur à part dans le contexte sportif actuel, qui plus est au regard de ton parcours semé d’embûches.

En effet, il t’a fallu contourner de nombreux obstacles pour arriver dans le monde professionnel. Recalé des centres de formation pour ta taille jugée trop petite (1,68 m), tu t’es construit à Suresnes, en Promotion d’Honneur. En trois ans, tu es ensuite passé de l’équipe B de Boulogne, en CFA 2, au SM Caen, en Ligue 2. Après avoir découvert l’année suivante la Ligue 1 et impressionné tous les observateurs, ton avenir s’écrit en Angleterre, à Leicester, où tu remportes dès ta première année la Premier League. Nommé meilleure recrue de la saison, c’est le grand Chelsea qui t’ouvre ses portes en juillet 2016 contre 38 millions d’euros. Une somme qui aurait pu faire tourner la tête à bon nombre de joueurs. Mais toi tu n’es pas comme les autres. Indispensable dans un collectif, tu restes néanmoins conscient de là où tu viens, malgré les récompenses qui se succèdent.

De nouveau champion d’Angleterre avec le club londonien, tu es récompensé à titre personnel en étant élu meilleur joueur de l’année 2017 par tes pairs et par les journalistes. Une distinction amplement méritée qui a, je n’en doute pas, dû te mettre mal à l’aise, tant ton sens du collectif est prioritaire.

Ce qui me plaît en plus chez toi, c’est ta façon de rester hors de tout le tapage médiatique qui tourne autour du football qu’on aime tant, mais qui crée un fossé entre les sportifs professionnels et les amateurs, dont je fais partie. Je me rappelle de cette anecdote concernant ta voiture en début d’année. Après un accrochage où la carrosserie de ta voiture a été endommagée, tu n’as pas hésité à venir avec à l’entraînement plutôt que de la changer. L’image de ton rétroviseur rafistolé avec du scotch m’a conforté dans l’idée que nous venions du même monde. Pas avec les mêmes moyens financiers, mais avec les mêmes valeurs. Et ce sont justement celles-ci que je souhaite mettre en avant par cette lettre.

Passé une finale où, soyons honnête, tu n’as pas joué ton meilleur match, loin de là, j’ai entendu dire que tu étais malade. Sans savoir si c’était la vérité ou non, tu n’as pas cherché à te cacher derrière cette excuse et c’est tout à ton honneur. A 27 ans, ta vie a été secouée de plusieurs drames familiaux, mais tu ne t’en es jamais ouvertement plaint. Cela ne fait pas partie de ta mentalité. Le numéro 13 que tu arborais lors de cette Coupe du Monde t’as porté bonheur, et à la France par la même occasion. Si tes coéquipiers ont écrit une chanson sur toi, c’est qu’ils n’ont pas trouvé une autre manière de te remercier et de te rendre hommage pour ton incroyable Mondial. Les Bleus de 1998 n’auraient jamais gagné sans Didier Deschamps, ceux de 2018 n’auraient pu le faire sans N’Golo Kanté.

Je n’ai pas de mots assez forts pour expliquer le bien que tu fais au sport de haut niveau dans l’inconscient collectif. Je sais que de nombreuses équipes lorgnent sur toi et que l’on parle d’une indemnité de transfert de plus de 100 millions d’euros. Mais je n’ai qu’une seule chose à te demander: ne change jamais car c’est cela qui te rend plus fort.

Merci N’Golo de me redonner la foi en un sport qui parfois me désespère. Merci de continuer à sourire tant cette émotion te colle à la peau. Merci d’être toi, tout simplement.

Sportivement à toi.

Nicolas Inizan

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