« Un match de football se perd ou se gagne au milieu de terrain ». Cette phrase du défunt Johann Cruyff résume bien la situation du Paris St Germain. Après d’onéreux recrutements sur le front de l’attaque, les dirigeants du club de la capitale ont compris que leurs failles tenaient en cette zone du terrain. Les départs de Thiago Motta puis de Blaise Matuidi n’ont jamais vraiment été compensés. Et cela a eu un impact néfaste sur un joueur en particulier : Marco Verratti. À 26 ans, l’Italien peine à confirmer toutes les promesses que son talent a laissé entrevoir par à-coups. Pourtant, un bon parcours en Champion’s League passe inévitablement par un grand Verratti.

Un potentiel de fuoriclasse

Marco Verratti jusqu’à présent, c’est l’histoire d’un potentiel inachevé. Inachevé, car l’Italien, bien qu’éclatant par moments, brille essentiellement par son irrégularité. Mais surtout, potentiel. Car l’ancien de Pescara est un joyau à polir. Qui demeure perfectible, certes. Mais qui a le talent pour devenir l’un des tous meilleurs milieux du globe. Voire le meilleur.

Les critères pour définir le meilleur milieu de terrain sont flous. Il est donc difficile d’octroyer ce statut à un joueur en particulier. Mais d’un point de vue offensif, Kevin De Bruyne n’est en pas loin. Brillant par sa polyvalence, le milieu mancunien sais plus ou moins tout faire. Marquer, faire marquer, organiser, presser et possèdant une grosse activité… Le Belge est probablement le milieu le plus complet du monde.

Pourtant, Marco Verratti n’a pas ce profil. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas le but. Le pressing ? Inconstant dans ce domaine. Il n’est pas non plus le joueur qui parcourt le plus de kilomètres sur le pré. Lui demander de faire ce que De Bruyne fait serait insensé puisqu’ils n’ont pas le même rôle. En revanche, il y a une position où l’Italien peut surpasser le Belge : celle d’interior.

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C’est dans un rôle proche de milieu relayeur que les qualités de Marco Verratti peuvent le mieux s’exprimer, bien que milieu récupérateur de formation

En effet, le joueur du Paris St Germain possède une vision de jeu terrifiante. Son jeu de passes est également à la hauteur. Quant à sa capacité à créer du jeu ou à se défaire du pressing adverse au milieu, il a déjà prouvé qu’il pouvait être le meilleur du monde sur ces aspects. On lui a même souvent reprocher de conserver la balle trop souvent dans ses 25 derniers mètres, mettant en danger l’équipe en cas de perte de balle. Mais voilà le truc : Verratti ne perd pas le ballon dans les zones dangereuses. Ou rarement. Et il n’est pas anodin que le Barça ait voulu tout faire pour le ramener en Catalogne il y a 2 saisons. Parce qu’il a son ADN.

Mais Verratti est un joueur capricieux, inconstant. Et ses défauts empêchent ses qualités d’exploser véritablement. Il faudra pourtant les gommer pour permettre au PSG de franchir un cap cette saison.

Des défauts à combler

Dans la configuration parisienne actuelle, l’Italien devrait être le principal dépositaire du jeu. Au milieu, il est de sa responsabilité de garder le contrôle de la rencontre. Et de faire le lien entre défense et attaque. Entre bien d’autres rôles propres à un milieu créateur. Mais Verratti est un cas particulier. Entre récupérateur et organisateur, il a peu ou prou le profil d’un Andrea Pirlo, brillant balle au pied et capable de se muer en annihilateur de jeu adverse lorsqu’il est entouré des joueurs adéquats pour cela.

Loin d’avoir la maturité de l’ancien milanais, le joueur du PSG n’est pourtant plus un rookie. À presque 27 ans, il n’est plus l’espoir arrivé de Pescara. Il entre dans la période dorée des milieux, entre 26 et 32 ans. Celle où les Xavi, Pirlo, Iniesta, Zidane ou autres Redondo se sont révélés à leur meilleur niveau. Pourtant, l’ex de Pescara demeure un éternel enfant.

Pirlo, parfait exemple pour Verratti
Andrea Pirlo, l’un des joueurs qui gérait le mieux la double dimension « récupération-organisation » au milieu de terrain

D’un point de vue offensif, d’abord. Incapable de prendre entièrement le jeu à son compte, Marco Verratti dépend de ses coéquipiers. Ses moindres incursions dans les 30 derniers mètres n’arrivent jamais au bout. Incapable ne serait-ce que d’essayer de conclure des actions, il essaie en permanence de trouver la passe juste. Problème : ses adversaires n’ont pas besoin de le presser. Car ils savent qu’il suffit de bloquer les attaquants pour que Verratti revienne en arrière. Et ne porte pas l’estocade. Outre ce point, son faible volume de jeu, au poste de milieu, pose problème. En C1 notamment, Paris n’est pas une équipe qui conserve la balle à l’excès. Arriveront nécessairement des moments où il faudra faire face à l’intensité adversaire. Et dans ces situations, l’Italien a du mal.

Ajoutons à cela ses prises de risque inutiles par moments. Si aspirer le pressing adverse pour mieux ressortir le ballon est une stratégie gagnante quelle que soit la situation, l’Italien prend tout de même le risque, aussi infime soit-il, de mettre en danger ses défenseurs. Inconcevable en Ligue des Champions, où chaque erreur se paie.

Une saison décisive

Ainsi, cette saison doit être celle de l’explosion pour l’Italien. Si en Ligue 1, le PSG conserve une avance confortable sur ses concurrents, la C1 demeure problématique. Offensivement, avec Neymar (jusqu’à un potentiel départ qui viendrait changer la donne) et M’bappé, les hommes de Tuchel peuvent rivaliser avec les meilleurs clubs. Mais le milieu de terrain a toujours été le problème principal du club francilien. Et Verratti fait partie de l’équation à résoudre.

L’an passé, au Parc, outre les bourdes individuels et défensives, c’est aussi dans le déroulement du match le manque de maitrise face aux jeunes pousses mancuniennes qui avait mené à la déroute que l’on connait. Verratti, entouré par le seul Marquinhos, n’avait pas su maintenir son équipe à flots.

Alors, pourquoi cette saison serait différente ? Bien sûr, cela passe par une prise de conscience du joueur parisien. Mais pas que. En effet, une partie de « l’énigme Verratti » pourrait être résoluble en l’entourant des joueurs nécessaires à son éclosion. Des profils sont Paris dispose enfin.

Lors de sa première saison au Parc, Verratti était un joueur immature et frivole. Incapable mentalement de se hisser au niveau, cela lui avait valu de nombreuses critiques de la part d’Ancelotti. Toutefois, l’ex-entraîneur du PSG avait su le mettre dans les meilleures conditions pour briller. Surtout, un joueur permettait au jeune italien de se concentrer sur ce qu’il savait faire : Motta.

L’ex-interiste, accompagné d’un Blaise Matuidi généreux, permettait à l’Italien d’être le dépositaire du jeu. Il apportait à la fois une touche technique indéniable, mais aussi une intelligence de jeu lui permettant par ses déplacements et son sens du jeu de mettre Verratti dans les meilleures dispositions. Matuidi, quant à lui, déchargeait en partie ce dernier de ses tâches défensives. Grâce à une activité hors-du-commun, il comblait plus facilement les espaces parfois laissées vacants par le milieu du PSG, souvent à la peine dans le replacement défensif. Un trio gagnant, donc.

motta et matuidi
Motta et Matuidi, parfaits compléments d’un joueur comme Verratti dans un milieu à 3

Cette saison, un atout de poids viendra s’ajouter à l’effectif du club en la personne d’Idrissa Gueye. L’ancien joueur d’Everton possède un coffre impressionnant mais aussi une bonne justesse technique. Après un léger temps d’adaptation, il permettra ainsi de densifier le milieu de terrain. D’apporter de l’impact physique. Mais surtout, il permettra à Verratti de se concentrer sur les phases offensives du jeu. La reconversion annoncée de Marquinhos en milieu récupérateur, combinée à l’activité de Gueye, donneront indubitablement les clés du jeu offensif à l’Italien. Surtout, les phases de transition à la perte du ballon feront moins mal grâce à la qualité de pressing du Brésilien et du Sénégalais. De quoi permettre à Verratti de retrouver le rôle qu’il occupait avec Motta et Matuidi. Et d’exploiter au mieux ses qualités si son état d’esprit le lui permet. Paris aura besoin de cela pour franchir les dures marches de l’Europe.

À l’aube d’un nouvel exercice périlleux en Ligue des Champions, Paris aura besoin d’un grand Verratti. Le milieu de terrain est souvent vecteur de réussite ou d’échec en C1. Et l’Italien sera cette saison encore l’homme fort de celui mené par Tuchel. Mais il aura besoin d’un concours de circonstances favorables pour briller… Un milieu qui lui est complémentaire et qui comble ses failles. Ainsi qu’une évolution de ses priorités et de son style de jeu. À presque 27 ans, l’âge de la maturité est déjà là pour l’éternel espoir. Qui a le potentiel pour, dès cette saison, s’imposer comme le meilleur milieu d’Europe. Il faudra au moins cela à Paris pour franchir un cap en Ligue des Champions.

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