Depuis quelques semaines, les rumeurs d’un départ tonitruant de Neymar du club de la capitale ne cessent d’enfler. Le Brésilien traînerait son spleen et souhaiterait retourner au FC Barcelone où il se sentirait mieux. Surtout, cette envie de départ a été confirmée par Jordi Cardoner, vice-président du club catalan. Toutefois, un tel transfert paraît financièrement extrêmement compliqué dans le contrat de l’Auriverde ne lui laisse aucune marge de négociation. Alors pourquoi ce départ, qui paraît sur le papier surréaliste, pourrait bien l’être beaucoup moins que ce que l’on pense ?

Un aspect financier plus complexe qu’il n’y paraît

Aujourd’hui, les plus grands clubs européens se doivent d’instaurer en leur sein un plan économique viable. Si Paris a eu la chance de bénéficier d’investissements extérieurs avec le Qatar, aujourd’hui le club francilien fonctionne sur ce principe. Une cohérence avec le marché, une gestion d’entreprise saine et une volonté de dégager des revenus supérieurs à ses dépenses. L’arrivée de Neymar à Paris en est sans doute le parfait exemple. Bien que celle-ci soit le transfert le plus onéreux de l’histoire (222 millions d’euros), elle a permis à Paris de prendre une nouvelle dimension. La vente de maillots, l’affluence au Parc, le rayonnement international, les produits dérivés et même les droits TV de Ligue 1… Sur tous les points économiques, Paris savait que ce transfert serait rentabilisé. Ajoutons à cela le gain sportif qu’un joueur de ce calibre peut apporter et vous obtenez, sur le papier, une affaire économique presque parfaite.

Neymar 2017 psg
L’arrivée de Neymar en 2017 au PSG pour un montant de 222 millions d’euros, record en matière de transferts

Alors, pourquoi vendre Neymar si il apporte plus d’argent qu’il n’en a coûté ? Outre les aspects sportifs, un certain nombre de facteurs sont à prendre en compte. D’abord, il faut considérer le prix d’achat de 222 millions d’euros. Ici, il ne s’agissait pas d’un transfert classique mais du rachat d’une clause libératoire qui, pour un joueur comme Neymar, était faible. Ainsi, à partir du moment où Paris a mis cette somme sur la table, Barcelone n’avait plus son mot à dire. Or, dans le cas d’un départ de Neymar, cette somme ne peut servir de référence puisque aucune clause libératoire n’existe dans le contrat du Brésilien. Autrement dit, Paris pourrait bien faire une plus-value sur ce transfert. Et ce, même si la valeur de l’Auriverde a baissé en 2 saisons (la faute aux blessures et à son avancée en âge essentiellement).

Ensuite, il ne faut pas oublier qu’un club ne marche pas qu’avec un joueur, aussi doué soit-il, mais plusieurs. Et la masse salariale du PSG est l’une des plus importantes d’Europe. Surtout, Paris doit se renforcer. Problème : le FPF limite les dépenses d’un club sur le marché européen. Pour dépenser, il faut vendre, encaisser des revenus. Et on le sait, depuis les arrivées de Neymar et M’bappé, Paris flirte avec les limites de ce Fair-Play Financier. Et n’a pas d’énorme marge de manœuvre pour se renforcer significativement.

La vente de Neymar, en plus de la mise en liberté de son énorme salaire (36 millions d’euros) résoudrait ce problème. Et permettrait à Paris de se renforcer à tous les postes avec des top-players. Lorsque l’on sait que l’objectif est la C1, et que pour la remporter, mieux vaut une équipe complète qu’un surplus de talents offensifs (cette saison l’a montrée avec le sacre de Liverpool), on peut penser que ce serait une solution paradoxalement idéale.

La dernière chance de Bartomeu

«Il est correct de dire que Neymar veut rentrer à Barcelone (…) On nous a transmis la volonté du joueur pour revenir, mais nous devons étudier beaucoup de choses avant d’envisager un transfert ». Par ces mots, Cardoner est venu confirmer la tendance : Neymar veut revenir dans le club où il a exprimé tout son talent. Mais qu’en est-il des envies du FC Barcelone ?

Outre les moyens dont dispose le club catalan, le recrutement de Neymar pourrait être l’occasion rêvée pour les dirigeants du club. Plus que décrié pour ses choix, le président Bartomeu est sur un siège éjectable. Plus que les résultats, décevants en C1, c’est surtout le jeu déployé par le club catalan qui fait vriller ses supporteurs. Sous Valverde, l’équipe est brouillonne, fade et sans inspiration. Une hérésie pour un club qui passe sa philosophie avant quelconque résultat. Le maintien de Valverde après l’humiliation subie à Anfield (0-4) a fait gronder les Socios qui se sont unis comme un seul homme. Bartomeu a fait la sourde oreille, mais Bartomeu a entendu.

Alors, quel rapport avec Neymar ? Simplement, les élections à la présidence du Barça auront lieu bientôt. En 2021. Bartomeu, qui n’a jamais caché son envie de se représenter, a vu sa côte de popularité dégringolé en flèche et sait qu’en l’état, jamais il ne sera réelu. Pour tenter d’éviter cela, il n’y a pas beaucoup de solutions : il doit frapper fort, très fort. Pour satisfaire les Socios qui voteront pour les élections. Quoi de mieux pour cela que le retour d’un des meilleurs attaquants qui soit passé au club ?

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Souvent bourreau du PSG en C1, le Brésilien a laissé des souvenirs impérissables au FC Barcelone

Surtout, Neymar est prêt à faire des efforts considérables d’un point de vue financier mais aussi moral. D’après les actualités espagnoles, le Brésilien serait prêt à sacrifier près de 15 millions d’euros pour rejoindre les Catalans. Surtout, l’Auriverde envisagerait même de présenter ses excuses aux Blaugranas pour son départ précipité qui a eu lieu 2 saison plus tôt. Si tel était le cas, nul doute que Bartomeu récupérerait quelques voix précieuses de la part de ceux qui veulent renouer avec le spectacle au Camp Nou. Et qui mieux que Neymar pour cela ? En tout cas, sous ces conditions potentielles, l’arrivée de Neymar redorerait un peu le blason d’une direction sous le feu des critiques. Et constitue sans doute la dernière chance de Bartomeu dans la course aux présidentielles 2021.

Un virage dans la gestion du PSG

Le Barça aurait donc tout à gagner en recrutant le Parisien. Mais qu’en est-il de Paris ? D’un point de vue économique, le deal serait forcément gagnant. Mais quel message serait envoyé au reste de l’Europe en cas de départ du joueur phare du club ?

À première vue, difficile de répondre à cette question. Mais le simple fait d’être partagé entre avantage et inconvénient veut dire beaucoup. Imaginez Messi partir de Barcelone, ou Salah de Liverpool… Leur départ serait forcément synonyme de chute aux yeux des rivaux européens des clubs détenteurs. Pourtant, le cas Neymar est différent. En effet, Paris a toujours veillé à chouchouter ses joueurs. Conscients de ne pas disposer de l’aura des monstres du football européen, les dirigeants parisiens ont dû tirer leur épingle du jeu autrement. Pour attirer les meilleurs joueurs du monde et rejoindre cette caste.

Pour cela, il n’y avait pas d’autre solution que de traiter les meilleurs joueurs du club mieux qu’ailleurs. Ibrahimovic, Di Maria, M’bappé, Neymar… Tous ont reçu des traitements de faveur qu’ils n’auraient ni n’avaient reçu nulle part ailleurs. Mais récemment, Paris a changé son fusil d’épaule. Et Neymar pourrait être le premier exemple de cette nouvelle gestion.

Logiquement, le retour de Leonardo – directeur sportif du club – coïncide avec des déclarations publiques et des prises de position drastiquement différentes de celles des dernières années. On a longtemps reproché à Paris le fait qu’il fasse passer les joueurs avant le club. Par peur de perdre ses joyaux, le club de la capitale a cédé à beaucoup de leurs caprices. Mais un grand club ne se construit pas de cette façon. Un grand club a toujours été au-dessus de n’importe lequel de ses joueurs.

Demandez donc à Ronaldinho, jeté du Barça lorsqu’il ne faisait plus d’efforts pour le club. Ou encore à Kaka, vendu pour une bouchée de pain par Milan alors qu’il voulait partir. Et QUID d’un Fernando Torres, immense star de Liverpool vendu au rival blues parce qu’il voulait partir… Personne n’est plus grand que l’institution. Voilà ce qui fait la différence entre des bons clubs et des grands clubs. Mais intérioriser cela relève de l’apprentissage. Et Paris semble l’avoir enfin compris.

« Je veux des joueurs prêts à tout donner pour défendre l’honneur du maillot et à s’inscrire dans le projet du club. Ceux qui ne veulent pas, ou qui ne comprennent pas, on se voit et on se parle. Il y a bien sûr des contrats à respecter, mais la priorité désormais est l’adhésion totale à notre projet. (…) Personne ne l’a obligé à signer ici. Personne ne l’a poussé. Il est venu en toute connaissance de cause pour s’inscrire dans un projet. » Cette prise de position est signée Nasser El-Khelaifi, président du PSG.

Nasser al khelaifi Leonardo
Le retour de Leonardo au PSG coïncide avec le virage entrevu au PSG et dans la gestion de son Président

Elle peut sembler banal aux premiers abords. Mais son message est inédit : désormais, plus question de céder aux moindres caprices. Sans doute en accord avec Leonardo, le Président du club a ainsi mis fin à 6 ans d’une extrême et incongrue délicatesse pour ne pas vexer l’ego de ses joueurs. Pour mettre en avant, et au-dessus de tout, les intérêts du club.

Le récent rejet des prétentions salariales de De Ligt s’inscrit dans cette déclaration : Paris ne veut plus céder. Y compris pour les meilleurs. Si un joueur veut venir, il fera les efforts pour. Si un joueur veut partir, il partira à condition que Paris s’y retrouve. Ajoutons à cette nouvelle gestion les blessures de Neymar. En coulisses, il se murmure que celles-ci commencent à agacer Paris. Essentiellement parce qu’elles sont accompagnées de frasques extra-sportives qui inquiètent. Surtout, aussi, parce qu’en dépit de ce que le public français peut penser, Neymar n’avait aucun de ces problèmes à Barcelone. Grâce à une bonne hygiène de vie, mais aussi à une institution et à des cadres du vestiaire sachant le recadrer si besoin.

Toutefois, même si ces éléments semblent pencher pour un départ de l’Auriverde, n’oublions pas que Paris a l’avantage dans ce dossier. D’ailleurs, le club de la capitale a déjà prouvé qu’il avait les épaules pour mettre fin à la tempête. C’était avec Verratti, lorsque l’Italien avait demandé son départ, déjà, pour rejoindre le FC Barcelone. Finalement, celui-ci avait accepté de rester, non sans une augmentation de son salaire. Celle-ci n’aura pas lieu pour Neymar. Alors, le scénario sera-t-il malgré tout identique ?

D’emblée, le départ de Neymar pourrait être un deal gagnant/gagnant pour tous les partis. Y compris pour le joueur. Paris renflouerait ses caisses pour recruter à tous les postes des cracks tout en montrant qu’il est au-dessus de tout jouer. Barcelone retrouvait un joueur spectaculaire qui manque à ses supporteurs. Et Neymar retournerait dans le club qu’il n’aurait voulu jamais quitter. Mais, bien que renforçant son image d’institution, Paris perdrait sans doute un peu du prestige acquis il y a 2 étés. Mais une chose est certaine : si départ il y a, celui-ci sera spectaculaire. À l’image du Brésilien.

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