Troisième épisode de la Saga Adictus. Après avoir découvert les origines de la structure et les résultats de cette dernière à la Colmar eSport, évoquons aujourd’hui la place de l’eSport dans notre société. Décriée, cette discipline est pourtant en pleine ascension. Nous avons, pour l’occasion, consulté Spetz.

L’eSport est une pratique qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Tu te lances dedans. Est-ce par passion ou souhaites-tu surfer sur la vague ?  

Un peu des deux. L’eSport et la compétition ont toujours fait partie de moi. Je ne suis pas seulement gérant, je suis également un joueur. Je fais partie de la deuxième line-up des Adictus. Avec mon associé, nous avons toujours voulu monter notre structure eSport. En voyant l’essor de Fornite, nous nous sommes dits que c’était le moment rêvé.

 Quel regard portes-tu sur l’eSport ?

Quand on me demande comment je vois l’eSport, c’est comme si on me questionnait sur le football, ses pratiquants. C’est un sport à part entière. C’est un métier précurseur qui commence et peine à exister. Notamment en France. En Asie, c’est un métier comme les autres. Imprimé dans leur culture. Les finales des compétitions de League of Legends sont même retransmises le samedi soir à la télévision et l’audience est énorme !

Selon moi, dans dix ans, voire moins, ce sera ancré dans notre société. Cela sera plus structuré avec notamment des lois. Aujourd’hui en France, il existe énormément de barrières au niveau juridique pour les structures eSport. Il n’existe pas de contrat spécifique pour les joueurs. Les structures ont généralement moins de sous qu’une PME et ne peuvent pas rémunérer leur membres au SMIC. Ils ne peuvent pas être considérés comme des salariés. C’est pourquoi, les plus grosses structures eSport implantent leur siège social à l’étranger.

Le monde du gaming est controversé par notre société. Comprends-tu les critiques à son égard ?

Je le conçois parce qu’à partir du moment où on n’est pas dedans, qu’on ne côtoie pas ce milieu, on voit exclusivement les aspects négatifs du jeu vidéo. Notamment du côté des parents qui voient leurs enfants âgés d’une dizaine d’années, passer des heures et des heures à jouer. Là, c’est un problème.

Concernant les détracteurs, je leur conseille de s’essayer. Aujourd’hui l’industrie du jeu vidéo est capable de toucher tous les publics. Je suis persuadé que des jeux sont adaptés à leur goût. Il faut simplement franchir cette barrière, ces préjugés. Cela leur offrirait, sans doute, une autre vision du gaming. Pour appuyer mes arguments, au sein même de ma structure, des parents sceptiques au départ sont désormais les fans numéro 1 de leur enfant. Ne connaissant pas le monde du gaming, de l’eSport, ils n’étaient pas convaincus par le projet. Craintifs, ils ne voulaient pas que leur enfant joue plus de 3h par jour. Ils ne se rendaient pas encore compte des effets positifs de la structure sur leur progéniture. Après une LAN qui s’est bien déroulée, ils ont commencé à changer d’avis et ceux sont eux désormais qui poussent leur fils à aller travailler. Ils ne disent plus va jouer mais va travailler. Il faut vraiment faire attention à la nuance entre gaming et eSport.

Depuis plusieurs années, l’eSport tente de se faire une place au sein des sports olympiques. Des appels dans un premier temps rejetés, toutefois on a le sentiment que le discours semble possible. À l’image de Tony Estanguet, coprésident du comité de candidature Paris 2024 et ouvert à l’idée de faire une place à l’eSport aux JO. Qu’en penses-tu ?

Comme j’ai pu le dire plus tôt, l’eSport est un sport à part entière. Certes, tu ne bouges pas physiquement mais tu utilises tes mains, ton cerveau. Cela demande énormément de concentration, de self-control. Ce qu’il faut savoir également, c’est que les joueurs des grosses structures, je pense notamment au TSM, sont énormément encadrés. Ils vivent dans une gaming house*. Ils sont suivis par des nutritionnistes, des entraîneurs sportifs, des entraîneurs eSport, des kinés. Ils ne font pas que jouer pendant 10h. Ils ont des activités physiques, ils ont du temps libre. Il faut également être conscient que les 10h de jeu ne sont pas les mêmes que pour un joueur lambda.  Ce dernier va jouer pour son plaisir, pour se détendre, s’amuser. Le joueur eSport, lui, va joueur à fond pendant 6h en suivant les instructions, en respectant les consignes. Cela n’a rien absolument rien à voir. C’est son travail, tout simplement.

Gaming house* : maison, entrepôt, où les joueurs habitent et travaillent ensemble quotidiennement.

Que penses-tu de la communauté eSport ?

J’aime beaucoup. La différence avec les autres communautés des autres sports est qu’elle est extrêmement jeune mais aussi passionnée. Il y a énormément de fans âgés de 10, 11, 12, 13 ans. Je dirais que la moyenne est d’environ 13-14 ans. C’est une discipline qui a une communauté très jeune mais ce qu’il faut se dire, c’est que ces fans, seront les spectateurs de demain. En évoluant et avec la structuration de l’eSport, ils porteront un regard plus mûr, plus construit, plus réfléchi. En France, l’eSport est en train de grandir avec sa communauté. C’est pourquoi je suis confiant pour la suite.

Concernant les joueurs et à l’image du sport de haut niveau, certains prennent déjà la grosse tête. Selon moi, ce n’est pas la bonne méthode à suivre car dans un premier temps, cela donne une mauvaise image de la structure associée et des sponsors. Je pense que pour le moment, il faut savoir rester humble et garder la tête sur les épaules. L’eSport est encore très fragile et des dérives pourraient nuire à son bon développement.

Tu m’as expliqué plus tôt que tu n’étais pas forcément favorable aux écoles de gaming. Pourtant, elles apparaissent comme un élément primordial pour faire accepter l’eSport à notre société. Que leur reproches-tu ?

Tout d’abord, je tiens à préciser que je trouve que c‘est une bonne chose. Cela permet de gagner en visibilité et créer des points d’intérêts en lien avec l’eSport. Ce qu’il manquait cruellement. C’est un pas en plus pour la reconnaissance de l’eSport en France. Toutefois et selon moi, je trouve que les prix de ces écoles sont trop élevés. En moyenne c’est du 6500, 7000 euros à l’année. Alors, certes, le contenu doit être riche et varié mais est-ce qu’aujourd’hui, ces écoles peuvent assurer un avenir, un emploi derrière ? Rien n’est moi sûr. Les écoles vont se développer avec l’eSport et avec le temps on pourra savoir si ces écoles formeront les joueurs de demain ou si ces dernières auront, tout simplement, tenté de surfer sur la vague.

Si je devais donner un conseil aujourd’hui, après le bac, assurer ses arrières avec d’autres études. Garder un bagage et après se lancer dans l’eSport. Aujourd’hui, si j’arrête l’eSport, j’ai personnellement de quoi rebondir. Cela me permet de regarder sereinement vers l’avenir et m’investir pleinement dans mon projet.

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