Ramener la coupe à la maison, allez le Nord allez !

Pour la première fois de son histoire, Toronto est devenu champion NBA. Poussée par tout un peuple, la franchise canadienne a permis à son pays de ramener le seul et unique trophée Larry O’Brien. Décimé par les blessures, Golden State a quant à lui résisté, subissant finalement la loi du Nord et de son Roi.

Un monde les sépare. Une frontière également. Un style de jeu à l’opposé. La discrétion de Kawhy Leonard face à l’arrogance de la « Dub Nation ». D’un côté, l’abnégation d’un outsider jouant avec son cœur, ses fans et le style de jeu propre d’une équipe de l’Est. De l’autre, la fougue, la confiance, le show de la conférence Ouest avec des superstars ayant l’habitude des grands rendez-vous. Le 13 juin 2019, l’hégémonie des Warriors sur la NBA a pris fin. Déjouant tous les pronostics et profitant des pertes de l’ennemi, le Nord est monté sur le trône.

« We the North », la victoire collective de tout un peuple

Le Nord a parlé. Non, il a plutôt crié, bramé, hurlé, grondé, il s’est égosillé. Bref, il a fini par pleurer pour ses héros. Un engouement phénoménal et unique dans l’histoire de la NBA. Car la victoire des Raptors est aussi celle du Jurassic Park et de tout un pays. Du Game 1 au Game 6, Toronto a joué comme un seul homme.

C’était les premières Finals de leur histoire. Face à des Warriors injouables depuis deux ans et cherchant le threepeat historique. Rien à perdre, tout à gagner. A l’image de Kawhi Leonard, les joueurs de Toronto ont adopté un stoïcisme à toute épreuve : ne pas répondre à Draymond Green, ne pas s’enflammer. Seulement réciter son jeu, défendre durement et mourir au combat. Telle était la mission des hommes de Nick Nurse.

Une marée humaine a envahi les rues de Toronto lors de la parade des Raptors.

Certes, les Nordiens ont eu les mains qui ont pris froid au Game 5 (une dernière possession ratée et un titre qui leur échappe) et au Game 6 (l’erreur de Dany Green qui aurait pu coûter le titre). Peut-être la peur de gagner, la sensation des membres qui tremblent, qui flageolent à l’idée de marquer l’histoire et changer la destinée d’un sport. C’est surtout le succès d’un collectif bien huilé : les starters ont assumé leur rôle jusqu’au bout et le banc a réussi à garder un niveau de jeu élevé, Fred VanVleet et Serge Ibaka les premiers.

Mais comment faire face à une équipe légendaire, capable des plus grands exploits de l’histoire de la NBA ? On serait tenté de dire que Golden State se voyait peut-être trop facile et filait vers un titre déjà acquis mais non. Ce serait manquer de respect à de tels champions que les Playoffs n’ont pas épargné. Les Warriors n’ont pas totalement déjoué. Les blessures de Kevin Durant et Klay Thompson ont joué un rôle majeur mais pour être tout à fait franc, les Californiens n’ont pas réagi en champion et se sont fait marcher dessus par toute une nation. La Dub Nation a sans doute été surprise de jouer une équipe si dure défensivement et devant tant d’abnégation.

KD, un seul être vous manque… Klay Thompson, la goutte d’eau

Internet n’est pas connu pour sa clémence et les haters ont pu se délecter de voir Stephen Curry dans une merde noire sans Kevin Durant puis Klay Thompson. On a trop pris l’habitude de voir LeBron James esseulé, sans la moindre épaule sur qui se reposer, avec des compagnons de fortune (hein Gérard). C’est ce qui est arrivé à Steph Curry lors du Game 3 et du Game 6.

Stephen Curry n’a pas été le chef d’orchestre attendu. Certes, il a fait ses stats (30,5 points, 5,2 rebonds et 6 assists) et réalisé quelques prouesses. Mais cette fois ci, la facilité qu’il l’habitait d’habitude a connu des hauts et des bas. En atteste le dernier match à 6/17 dont 3/11 à 3 points. Avec 41% de réussite au shoot durant les Finals, Curry n’a pas su être le patron. Le costard était sans doute trop grand pour gagner tout seul.

Partis favoris, les Warriors ont accusé de lourdes pertes pendant les Finals.

Il paraît que sans Durant, Curry gagne. A vrai dire, ça n’a pas été le cas durant toute la série. Le double MVP des finals a cruellement manqué à son lutin magique. Son apparition au Game 5 pendant 12 min a donné l’impression d’un Golden State encore une fois intouchable. Revenu in extremis de blessure pour participer à la fête, Durant a rechuté et s’est fait une rupture totale du tendon d’Achille. Opéré dès le lendemain, il a regardé ses coéquipiers tomber à la bataille. Autant dire que s’il avait été présent dès le début… Toronto n’aurait certainement pas été à 3-1 si « facilement ».

Kevin Durant était donc bien la superstar que l’on attendait en se rongeant les ongles. Son apport a donné de l’air à Curry car la défense de Toronto s’est moins focalisée sur ce dernier. Les fixations offensives et défensives n’ont pas été les mêmes pour Toronto. Mais ce doux songe n’était qu’une illusion. Un drive, le tendon qui lâche, un rêve qui s’envole.

Le verdict est dur pour Golden State. La série s’est transformée en une lutte contre lui même. Klay Thompson s’est fait une élongation des ischios au Game 2 avant de revenir au Game 4. De mal en pis pour les Warriors, le deuxième « Splash Brother » s’est fait les croisés lors du dernier match… La poisse jusqu’au bout. Malgré tout, Golden State a joué avec son cœur là où la série aurait dû devenir un vrai calvaire. En vain.

Le Roi du Nord arrive ! Voilà ce qu’on pouvait voir le long des routes à Toronto.

L’avènement du Roi du Nord

« The King of the North is coming » pouvait on voir à Toronto, en arpentant les rues jusqu’à la Scotiabank Arena. Kawhi Leonard, de la Maison Raptors, est apparu comme le leader de toute une contrée.

Stoïque, discret, trashtalk au vestiaire, l’homme aux mains de 25 cm de long ne fait pas de bruit, hormis dans sa ligne de stats. Avec une moyenne de 28,5 points, 9,8 rebonds et 4,2 assists, the Klaw a été le maître incontesté des Finals. Draymond Green a eu beau crier dans ses oreilles, agiter les bras dans tous les sens mais rien n’y a fait. Un peu comme quand votre mère vous gueule dessus car votre chambre n’est pas rangée et que vous l’ignorez. En plus d’un rire flippant, Kawhi est resté de marbre, a écouté les sermons, les insultes et les intimidations. Rien n’a pu entamer sa concentration. Il a quand même foutu une belle pagaille dans la chambre des Warriors. Imperturbable, tout comme son équipe à qui il a insufflé son aura.

Echangé avec Dany Green contre DeMar Derozan et Jakob Poetl, Toronto a trouvé en Kawhi Leonard la pièce parfaite pour mener la franchise canadienne. Avec le premier, les Raptors stagnaient. On se souvient notamment des deux sweep en finale de Conférence face aux Cavaliers. Nick Nurse cherchait le two-way player par excellence, capable aussi bien de marquer que de défendre sur les scoreurs adverses.

Le bel hommage rendu par les Golden State Warriors envers le nouveau champion. Respect !

Mal aimé à San Antonio, l’ancien pensionnaire avait déjà connu la victoire avec les Spurs en 2014 avec un titre de MVP en prime. Plus à l’aise dans ses baskets, il a remis ça avec Toronto ! 3ème meilleur marqueur sur une campagne de Playoffs avec 732 points derrière LeBron James (748), il échoue seulement à 27 points du meilleur total de points en Sa Majesté Jordan en 1992.

Free agent le 30 juin, Masai Ujiri, le GM des Raptors va faire tout son possible pour continuer la belle aventure avec son franchise player. Mais rien n’est encore sûr. The Klaw aimerait bien revenir dans sa Californie natale, à Los Angeles. Avec la signature d’Anthony Davis aux Lakers, il est impossible qu’il les rejoigne. Ce sont les séduisants Clippers qui sont en pôle position pour le récupérer. Feuilleton à suivre cet été.

Privée de Kevin Durant puis de Klay Thompson, la Dub Nation s’est vue bousculée par un outsider sur lequel peu pariaient au début de l’aventure. Le roi Curry a finalement été détrôné par le roi Kawhi, adoubé par un collectif solide et une équipe de plus en plus séduisante au fil des Playoffs. Plus qu’un titre, c’est la fierté de toute une nation qui a été mise en avant. De quoi donner des idées sur un retour d’une franchise à Vancouver…


On a aimé

Le suspens de ces Finals
Le premier titre d’une franchise canadienne

On a détesté

Les terribles blessures de KD et Klay Thompson
L’arbitrage déplorable d’un sport qui ressemble de moins en moins à du basket

 

Mathieu Berujeau

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