Descendu du ciel pour frapper la piste de Berlin, Usain Bolt battait le record mythique du 100m.

Les images n’ont pas pris une ride, comme si l’exploit datait d’hier. Nous sommes le 16 août 2009 à Berlin. Usain Bolt est au couloir 4 et le ciel s’apprête à gronder. Une détonation et 9 secondes 58 centièmes plus tard, il devient pour la première fois champion du monde, réalisant la performance la plus folle de l’histoire du sport. LA foudre a parlé.

« Il existait beaucoup de légendes avant moi. Mais maintenant, c’est mon heure ».

Par définition, l’éclair consiste en un gigantesque arc électrique qui se concentre dans le ciel au passage de la foudre qui elle, est attirée par le sol. Surnommé « Lightning Bolt »,« l’Éclair », « la Foudre » ou encore « The Flash »(comme Dwyane Wade, chacun son univers parallèle), Usain Bolt a dépassé les limites de l’extraordinaire. Ce 16 août 2009 a vu l’avènement d’un dieu, descendu du ciel pour illuminer et enflammer la piste de Berlin. Avec un gabarit d’un coureur de 400m, le bolide jamaïcain d’1,97m a d’abord choisi le 200m. Ce n’est qu’en 2008 qu’il intègre le 100m à son programme. L’avènement du roi aura bien lieu…

La légende en marche

Le 11 juin 2006, son compatriote Asafa Powell bat le record du monde de Justin Gatlin (qui lui avait repris en juin 2006), pour 3 millièmes en réalisant 9’763. Enfin volé serait le mot le plus juste puisque l’Américain est suspendu dans la foulée pour dopage. Sa performance est logiquement annulée. L’hégémonie durera près de deux ans, après avoir une nouvelle fois amélioré la performance en 2007 avec 9’74. Les Jamaïcains vont alors régner en maitre sur le 100m et ne laisser que des miettes aux autres nations.

2008 marque un vent frais, tant pour la discipline que pour Usain Bolt. Désireux depuis quelques années de s’établir sur 100m, la saison 2008 voit un nouveau concurrent de taille pour son compatriote. Ainsi, le 31 mai 2008 marque une nouvelle ère dans le monde de l’athlétisme. Au meeting de New-York, Usain Bolt améliore le chrono de Powell et établit un nouveau record de 9’72. Puis aux J.O de Pékin en 2008, The Flash choque le monde entier en réalisant le triplé 100m / 200m / 4x100m. Pour une première finale olympique, Flash ne manque son premier rendez-vous. 9’683 exactement, laissant Richard Thompson dans son dos à 20 centièmes et Asafa Powell en 9’95. La performance est tout simplement magique. D’autant plus que le Jamaïcain bat le temps historique de Michael Johnson quatre jours plus tard en réalisant 19’30 ! Le record du 200m était le plus dur à atteindre, celui de Michael Johnson de 19’32 établi le 1er août 1996 aux JO d’Atlanta. A présent, plus rien ne lui résiste.

Comme s’il avait invoqué la foudre, Usain Bolt est devenu à Pekin l’homme le plsu rapide la planète en 9’69.

2009, rendez-vous avec l’histoire

Les Championnats du monde 2009 à Berlin représentent le point d’orgue de la saison. La planète entière trépigne d’impatience pour voir les courses de l’homme le plus rapide de tous les temps, scrutant les moindres faits et gestes du Jamaïcain. A chacune de ses apparitions, tout le monde n’a d’yeux que pour son nouveau roi et espère une performance à sa mesure. Les deux premiers tours ne sont qu’une formalité et la demi-finale n’est qu’un échauffement, bouclée en 9’89. Place à la finale.

C’est le rendez-vous par excellence, le distance reine. Des millions de téléspectateurs attendent l’exploit le plus court et intense du sport. Neuf secondes suspendues dans le temps où chaque pas semble durer des minutes. Pour notre plus grand plaisir. La foule se tait, laissant place au silence du départ, rempli d’impatience. Nous sommes le 16 août, il est 21h35. Heure précise où la foudre s’apprête à frapper la piste teintée de bleu de Berlin. Le coup de feu est tiré. Tel un éclair, Usain Bolt jaillit des starting-blocks et commence à produire son effort. Au moment où il relève la tête, ses concurrents sont déjà dans son sillage et ne peuvent rien faire devant les coups de tonnerre lancés par le ciel. 9’58… le stade est en liesse, les commentateurs deviennent fous et les téléspectateurs sautent de toute part. Il l’a fait. Usain Bolt vient de réaliser la plus grande performance de toute l’histoire. Tyson Gay est « seulement » deuxième en 9’71 et Asafa Powell en 9’84. C’est la finale la plus rapide de tous les temps. Flashé à plus de 44 km/h au maximum de son effort, il remporte son premier titre mondial à la vitesse de la lumière. Le 20 août 2009 à Berlin est marqué par une autre marque exceptionnelle et depuis ce jour, inégalable. Avec 19’19 au 200m, il bat son propre temps de 11 centièmes. De la folie ! Comme en 2008, ces deux performances ont eu lieu les mêmes jours, le 16 et le 20 août.

L’éclair, le geste qui a rendu célèbre Usain Bolt, célébrant ainsi chacune de ses victoires.

En photographie, Roland Barthes expliquait dans La chambre claire le principe du « Ca a été ». Quelque chose a été et est passé devant l’objectif. Quelque chose a été présent. Certes, ce moment est révolu mais il est sans cesse actualisé dès que l’on regarde à nouveau le cliché. C’est ce qui se passe lorsque l’on regarde cette photo d’Usain Bolt. Il a réussi à rendre ce moment inoubliable, inscrivant sa performance au panthéon du sport. Le gamin de Trelawni en Jamaïque a fait entrer son pays dans l’histoire, par la grande porte.

Des performances inégalables ?

Les records sont faits pour être battus. Cela dit, certains tendent à ne plus le devenir. C’est le cas de celui d’Usain Bolt. Si le Jamaïcain aurait très bien pu raccourcir son temps et descendre de quelques centièmes, nous approchons de plus en plus vers un chrono ultime. Le bout de l’entonnoir n’est plus très loin. Des Usain Bolt, il n’y en pas tous les quatre ans. Tous les 10 ans non plus à vrai dire. Si Christian Coleman, 23 ans, représente le futur de la discipline avec 9’79 et surtout le record du monde du 60m (6’34), il est encore loin du phénomène. D’un point de vue physiologique et biomécanique, l’amélioration semble réalisable. Les gabarits, les soins, les techniques d’entraînements et de courses, les vêtements et les chaussures, la préparation, la diététique. Tout a évolué. Le monde de l’athlétisme dans sa globalité, n’a cessé de progresser. Mais où se situe la limite ? Les athlètes les repoussent sans cesse depuis plus de 100 ans. Back in the days…
Le premier détenteur du record du monde homologué est l’américain Don Lippincott avec 10’60 le 6 juillet 1912. Si cette performance paraît loin des standards contemporains, auparavant, le chronométrage manuel limitait fortement la précision. Elle tiendra 17 ans avant de voir Charley Paddock prendre 20 centièmes puis Percy Williams, le premier athlète non Etautsunien (Canada) descendre à 10’30 en 1930. Un temps ou les possibilité d’amélioration son grandes, moins minutieuses que maintenant. Le célèbre Jesse Owens établit la performance de 10’20 aux Jeux Olympiques de Berlin 1936 sous un air de propagande nazie. Un record qui tiendra 20 ans !

En 1968 le chronométrage électronique est introduit et Jim Hines, est le premier athlète à passer sous les 10s (9’95) aux jeux olympiques de Mexico. L’infatigable Carl Lewis battra à plusieurs reprises et établira sa marque à 9’86 à Tokyo en 1991, quatre ans après l’affaire Ben Johnson et ses 9’83 aux J.O de Seoul… Le 16 juin 1999 à Athènes voit l’ère de Maurice Green qui réalise 9’79, six ans avant de subir la suprématie jamaïcaine. Asafa Powell réalisera 9’77 puis 9’74 le 9 septembre 2007 à Rieti avant qu’Usain bolt ne mette tout le monde d’accord. La suite, on la connaît : New-York, puis Pekin, et enfin Berlin… Incomparable quand on sait que le record féminin de la distance de Florence Giffith-Joyner, (10’49 le 16 juillet 1988) tient depuis 31 ans.

102 centièmes séparent Don Lippincott, le premier recordman de la discipline en 1912 et Usain Bolt, l’homme le plus rapide de tous les temps.
La foudre ne frappe jamais au même endroit. Ce 16 août 2009, Usain Bolt est devenu en l’espace de quelques secondes l’athlète le plus scruté de la planète, mettant sur la touche les plus grands sportifs de l’histoire. A Berlin, le monde a assisté à la plus grande performance sportive de tous les temps. Un record gravé à jamais, suspendu dans le temps. Aucun autre sportif n’aura si bien incarné à lui seul un pays tout entier. Tout simplement le plus grand.

Mathieu Berujeau

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