Julien était aux premières loges pour le sacre des bleus à Moscou

C’est l’histoire d’un mec qui partait voir la demi-finale de la France contre la Belgique à Saint Petersbourg et qui s’est retrouvé derrière le but d’Hugo Lloris en finale à Moscou. De la ville des Tsars à la Place Rouge, voici le récit d’un supporter parti sur un coup de tête fêter le sacre français.

Julien a 32 ans. Il a grandi avec une balle orange. Non pas celle qu’on utilise sur les terrains de football quand il neige. L’autre. Celle où Romelo Lukaku parait frêle à côté d’un LeBron James. Ce grand gaillard de 2m05 a décidé de lui même de participer à la fête à Moscou. Qu’importe le sport, en ce dimanche 15 juillet 2018, c’est toute la France qui est derrière les Bleus.

Etais-tu avec des potes pour partir en Russie ?

Déjà, je suis arrivé la veille en train couchette à Moscou. Mais non, j’y suis allé seul sur un coup de tête le dimanche avant la demi-finale !

Y-avait-il du monde dans les rues de Moscou ?

Il n’y avait pas énormément de Français quand même. Surtout beaucoup de Croates… Mais il y a eu une petite réunion sur la Place Rouge Samedi à 19h pour chanter un peu entre fans Français.

Moscou est une ville si froide ?

Non, c’est top comme ville. Les Russes également. Ils peuvent paraître froid mais pas du tout. Et Saint-Petersbourg est superbe aussi, c’est vraiment une ville magnifique.

Comment as-tu trouvé tes places ?

J’ai eu de la chance. J’ai rencontré une femme et son fils en faisant la queue pour récupérer le ticket de la demi et son mari ne pouvait pas être là. Elle m’a vendu la place au prix de la FIFA. Du coup, j’ai récupéré mon billet vers 15h, un petit Mac Do vite fait mais j’avais mal au ventre. Trop de stress (il grimace). Et direction le match au milieu d’une marée croate.

Où dormais-tu ?

J’avais pris des auberges de jeunesse et à Moscou, je dormais chez un ami du lycée.

Tu as d’abord vécu la demi-finale contre la Belgique…

En fait, les Belge, ils sont très sympas et tout franchement mais tu sens quand même qu’ils ne nous aiment pas trop. L’arrogance française, ça les gène. Et là, ils y croyaient vraiment beaucoup. C’était leur Coupe du Monde. Après le Brésil, ils pensaient torcher tout le monde. La demi-finale, j’étais vidé après vingt minutes. Trop d’occasions contre nous. Après, l’ambiance était bien et le stade, superbe ! Bon, faut arrêter le délire un peu, ils ont eu le ballon mais le foot, c’est notre truc. Eux c’est plus la bière et les frites (il rigole). Si seulement on avait eu de la bière belge pour fêter ça.

Parlons maintenant de la finale, l’ambiance était comment ?

Je n’ai pas trop dormi. J’étais stressé de ne pas avoir mon ticket. Les Croates étaient joyeux. Très joyeux même (il me fait un clin d’oeil). Je me suis détendu en courant après Omar Sy pour faire un selfie. Il était pressé mais après deux refus, je lui ai tendu une embuscade en haut des escaliers pour rentrer dans le stade. J’ai aussi croisé Jean-Marc Ayrault. Seflie aussi (il rigole). Du coup, on était que des Français. On était derrière le but de Lloris en première mi-temps. Super ambiance mais face aux Croates, c’était un peu léger. Mais la Marseillaise par contre, c’était fou.

Le pénalty était-il juste ?

Déjà, 2-1 à la mi-temps, c’est miraculeux. Mais le péno, je ne voyais pas d’où j’étais. Mais bon, quand tu es Français, c’est forcément juste (il rit). Ultra juste. C’est même à se demander pourquoi Peresic ne prend pas rouge (il rit à nouveau). En revoyant les images, c’est 50/50. Si je suis Croate, je suis dégoûté. C’est le foot… Il peut y avoir débat sur beaucoup de choses. La faute du coup-franc sur le premier but… Litigieuse aussi…

Comment vois-tu le match de ton point de vue ?

Le début de match était stressant. Je ne pouvais pas rester assis et les gens derrière voulaient s’asseoir. Mais bon, je fais 2m05 donc finalement, j’ai engueulé tout le monde et tout le monde s’est levé (il rigole). Bon, la première mi-temps, de là où je suis placé, on prend le bouillon. On ne ressort pas un ballon. Puis il y a le CSC, la folie ! Mais ça ne change rien en fait. On est toujours dominé de ouf. Et puis Peresic marque. Je peux te dire que l’on n’était pas bien du tout. Et surtout, le stade prend parti pour les Croates. Les Brésiliens lancent des « Croatia ! » et c’est repris dans tout le stade. Le pénalty, ça a un peu calmé les choses, la VAR et tout. Enfin bon, dans le stade, on exulte. La reprise du match, pareil. On n’est pas serein, la Croatie pousse…

Et puis arrive le but de Pogba…

D’abord, on voit NZonzi se changer. Le panneau affiche « 13 ». Donc Kante va sortir. Il était pas bon mais Kante quoi ! Stress de fou à ce moment là. Et le but de Pogba… Explosion ! Là, on commence à respirer. Les gens veulent que je me mette assis mais c’est mort !! 750 Dollars la place, je suis debout (il se met à rire) !

Et puis celui de Mbappe…

Beh le but de MBappe, on est tous en train de chanter. Même si c’est encore tôt, ça sent bon. Et là c’est le délire. J’ai soulevé mon voisin pour qu’il voit mieux, j’ai embrassé tout le monde. En plus, ils célèbrent juste devant nous, le délire !!!

Point noir, il y a cette boulette de Lloris.

Il s’est fait insulté un peu… Il restait vingt minutes et on n’était pas non plus géniaux défensivement.

A quel moment as tu senti qu’on était champions du monde ?

Je dirais à la 87-88ème, par là. Pas avant. On chantait « champions du monde ! », normal !

Et enfin la douce délivrance du coup de sifflet final.

J’ai pleuré ! On est restés dans le stade 1h-1h30. Ce que j’ai trouvé dommage, c’est que la coupe ne soit pas remise en tribune. Toute une partie du stade ne voyait pas. Et puis il a plu c’était cool. Les joueurs faisaient des glissades de malade (il rigole).

Qu’as-tu fait après ?

On a pris la direction de l’ambassade de France pour faire la fête un peu. Et après, direction la Place Rouge et les alentours.

Pas de soucis avec les Croates ?

Non. Je les entendais plus. Il y en avait une bonne cinquantaine à un endroit, je suis passé avec mon drapeau. Normal. Mais les mecs étaient cool, c’était bon enfant.

Tout ça sur un coup de tête finalement. C’est bien Français…

(Nous rions tous les deux). Une fois dans une vie. Il fallait le faire. J’avais l’occasion. Tu te rends compte que des sud-Américains revendent leurs maisons pour acheter plus petit (il soupire). Franchement, on a gagné, c’est cool de fou ! Mais l’expérience est quand même hors du commun. Tu rencontres des gens de partout dans le monde.

Mathieu Berujeau

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